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A Mon Père
Tu es venu en France comme bien d’autres copains,
Baluchon sur le dos, l’espoir plein le cœur,
Abandonnant tout, tes frères et tes sœurs,
Espérant retrouver un travail, un logis et du pain.
Tu es venu en France, ne sachant où aller.
Tu t’appelais Egidio, c’était un drôle de nom,
Ne sachant pas écrire, tout juste ton prénom.
Saint-Raphaël, sur la côte, fut ton premier arrêt.
Tu es venu en France pour frapper sur la pierre.
La branle dans une main, le tisonnier dans l’autre.
Pour forger tes outils, tu étais un apôtre,
N’épargnant point ta peine pour marteler le fer.
Tu es venu en France respirer la poussière
De cette pierre si belle et si dévastatrice.
Marié à Augustine, ta belle séductrice,
Vous eûtes des enfants dont tu peux être fier.
Tu es venu en France pour nous donner la vie.
On oublia souvent mon nom, Pellegrini.
On m’appelait Rital ou bien macaroni.
Qu’importe, Papa : Tu sus nous imprégner de ta modestie.
Nous sommes tes enfants et on t’a vu partir,
Car la pierre s’est vengée de ton ardent courage,
Malgré tous les bons soins de ta femme si sage,
Dors tranquille, tu es toujours présent dans notre souvenir.
Ton ombre hante encore tous ces lieux interdits,
Remplis d’eau, envahis par les ronces,
A jamais recouverts. Il nous reste nos songes.
De ce beau granit bleu, quelque peu maudit.
La silicose, maladie des carriers, a eu raison de toi
Et comme de bien d’autres de tous tes amis.
Mes fils et tes arrières petits-fils portent ton nom.
Mon meilleur souvenir et grand plaisir pour moi,
C’est de t’avoir emmené retrouver ton pays,
L’Italie
Cher Papa, si j’ai voulu parler des carrières de Condé,
Lieux jadis témoins d’un travail si dur,
Désormais silencieux, c’est que ton souvenir
Plane toujours pour moi derrière chaque rocher.
Encore merci, Papa, pour tout ce que tu nous as donné.
Pierre Pellegrini