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Les réparateurs de plats anciens Patochin et sa compagne
Après la guerre de 1939-1945, rue du Temps Perdu ? Un couple de malheureux
habitait dans une masure en ruine. Cette ruine dont la toiture avait disparu avec le temps,
était couverte de tôles provenant de bidons découpés. Inutile de vous dire la protection que
cela pouvait représenter. Pour vous situer l’endroit, en face de la dernière petite maison de
carriers n°23, de cette rue du Temps Perdu, un roncier maintenant !
Ce couple réparait les plats, les saladiers surtout, en terre cuite au moyen d’agrafes.
Pour la porcelaine ou la faïence, c’était beaucoup plus délicat. Ils se déplaçaient
difficilement, l’homme boitait et marchait en se déhanchant. La femme, très petite,
recroquevillée, courbée, ne marchait guère. Pour aller sur leur lieu de travail, place de la
Magdeleine à Alençon, l’homme la véhiculait dans un landau ouvert sur le devant pour
faciliter la descente. Elle était assise, et sous son siège, se trouvait leur matériel et les
coussins pour s’asseoir, car les dalles de granits de la place n’étaient point chaudes.
Leurs quelques outils se résumaient à plusieurs alènes, une pince coupante, une pince
universelle, du fil de fer plat pour confectionner les agrafes. L’homme portait une grande
musette sur son dos contenant de l’osier, un couteau et de petits morceaux de bois. Avec
cela il fabriquait des petits objets : paniers, coupelles, petits moulins et autres objets divers.
Ils s’installaient donc à l’abri du vent, derrière l’Eglise Notre Dame, attendant les clients.
Pour que la réparation soit possible il ne fallait pas de petits morceaux. Ainsi la femme de
ses mains calleuses mais très habiles, perçait les plats, les saladiers, avec l’alène choisie.
Pendant ce temps, l’homme préparait les agrafes en fil de fer plat, la femme les posait
derrière l’objet et les rabattait par devant. Ce n’était pas un travail facile. Pour se nourrir,
selon l’argent qu’ils possédaient, ils achetaient du pain, un peu de charcuterie ou du
fromage. Ce n’était pas des buveurs : jamais nous ne les avons vus ivres, mais ils étaient très
malheureux. En ces temps-là, il y avait beaucoup de misère.
Les hivers étaient très durs. Dans leur masure, ils gelaient littéralement. Ils n’avaient
qu’une solution : se coucher. Ils dormaient dans l’ancien four à pâtisserie boulangerie qui
existait au début du 20
ème
siècle, dont ils avaient agrandi l’entrée, ils cachaient l’orifice avec
un vieux couvre-pieds. La couche « un grabat » ne ressemblait guère à un lit. Pour l’eau, ils
devaient aller la chercher au ruisseau .La toilette n’en parlons pas. Ces gens-là ne devaient
pas se laver souvent. Pourtant, l’homme ne portait pas la grande barbe. Pour se chauffer ils
ramassaient le bois dans la carrière, le long des routes. Comme fourneau, un « trois pieds »,
avec la marmite dessus pour cuire quelques légumes achetés ou ramassés dans les
poubelles. Quand l’argent manquait, ce brave homme partait faire les poubelles, chiner
quelque nourriture, dans les cuisines des restaurants.
Les commerçants, ils avaient l’habitude de le voir et ils avaient toujours quelque
chose à lui donner. L’homme confectionnait aussi de jolis paniers en chêne blanc, en osier,
qu’il vendait. Il habillait également des bouteilles avec de petites lanières de ce bois blanc.
C’était un plaisir de les voir travailler. Ces gens possédaient une adresse, un goût, et de rien,
ils sortaient quelque chose grâce à la dextérité de leurs mains. Habillés de haillons, le teint
jaune, coiffés de vieux chapeaux, d’un béret : les curieux évitaient de s’approcher de trop
près. Car malgré tout, la vermine, poux et puces dévoraient ces pauvres êtres. Nous n’étions
pas riches non plus mais, grâce à nos parents qui travaillaient pour nous élever, nous
instruire, malgré le peu de moyens, nous étions heureux Dans leur masure, les jours de
pluie, ils cherchaient l’endroit où il pleuvait le moins car la couverture de tôles de bidons
n’était pas étanche. Ces gens n’étaient pas méchants, loin de là mais c’était leur choix de
vie. Pauvre vie ! Comment finirent-ils ? Je ne sais pas. Mais combien de gens comme eux
souffrirent de pauvreté, de misère, de froid, de faim, n’ayant pas toujours le moyen de vivre
comme tout le monde. Ces années d’après guerre furent très difficiles pour bien des gens.