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La Broderie et la Dentelle pour les femmes de carriers
Il est indispensable de parler de la broderie dans notre région, les hommes taillaient la
pierre, les femmes faisaient des jours
Les femmes de carriers et en général toutes les femmes de journaliers ainsi que les
jeunes filles dans les années 1900-1950, brodaient
A Condé-sur-Sarthe, dans tous les hameaux la broderie était une occupation très
répandue, même à la fin XIX ème. Alors que nous comptions un nombre considérable
d’hommes et de jeunes garçons travaillant aux carrières, les dames s’étaient spécialisées dans
les jours ou broderie.
Dans les registres de mariage de la première décennie du siècle, la plupart des futures
mariées exerçaient le métier de Brodeuses (quatre sur dix en 1909, trois sur quatre en 1910,
trois sur sept en 1912).
Ce travail s’est considérablement ralenti, pendant la première guerre mondiale et
surtout après. Les hommes en grand nombre partis au front, les femmes devaient les
remplacer aux travaux de culture, dans les petites exploitations très très nombreuses dans ces
années là. Puis comme malheureusement beaucoup ne sont pas revenus, les femmes
continuèrent à travailler la terre, source de revenus substantiels pour vivre et élever les
enfants.
A la Jardinière, je me rappelle de Mme Hilt employait des jeunes filles chez elle. Elle
recevait des commandes de la ville et se chargeait de distribuer ces travaux aux dames du
quartier. Mesdames Denis (nous l’appelions la Rachel), Madeleine Touchard, Mme Firmin et
certainement d’autres dont les noms m’échappent.
Au Pont-Percé, une grande partie des femmes brodaient, Mme Mancelle, Mme
Ragoin, Mme Gana, Mme Dufeu, Mme Poussier, Mme Bourgault, Mme Potier …etc.etc
Mme Mancelle me racontait qu’une dame d’Alençon, Mme Poirier qui leur donnait de
l’ouvrage, lorsqu’une commande pressait, elle arrivait avec plusieurs dames, chacune se
mettait sur un motif pour terminer ce travail au plus vite. Ces femmes faisaient de l’applique,
des motifs variés de toutes couleurs, fleurs, décors principalement sur des services de table.
Voyez par exemple une grande nappe à décorer, cela représentait des heures de travail.
Une ancienne habitante du Pont-Percé, parle dans un petit recueil sur le hameau, d’une
certaine dame, (la Mère Triffault) qui allait en « journées ». Entre temps elle travaillait au
point d’Alençon. Quand elle allait faire une lessive, elle emportait toujours dans sa poche son
(Carreau de Vélin)
. C’était merveille de voir ses gros doigts, enflés par les lessives, manier
une minuscule aiguille sur un morceau de dentelle fine comme une toile d’araignée. Elle était
réputée comme l’une des meilleures dentellières d’Alençon à laquelle on confiait le travail le
plus délicat. Quand la lessive « coulait », tout en la surveillant, elle sortait de sa poche son
ouvrage, bien enveloppé dans un mouchoir et ne perdait pas une minute.
Il existait plusieurs sortes d’ouvrages, la dentelle au point d’Alençon et des broderies :
les jours qui ornaient les mouchoirs, parures de lit, services de table et le point de Beauvais.
Ce dernier se pratiquait surtout dans la région de Bourg-le-Roi et il se pratique toujours.
Certaines femmes sur Condé exécutaient ce point qui se faisait sur un métier, toile tendue,
Mme Adde, Mme Bellenger, pour ses loisirs travaille encore de temps en temps.
A la Boissière, Mme Bruneau, Mme Galleron, Mme Touchard, Mme Barbé, Mme
Péan, toutes ces femmes brodaient et j’ai eu beaucoup de mal à retrouver des noms.
Toutes les femmes, dans ces années 1900-1940, dont les maris travaillaient aux
carrières brodaient. Ce n’est qu’après la deuxième guerre mondiale, avec l’implantation de
l’usine Moulin Légumes et plus tard Moulinex, que les épouses ont délaissé ce travail qui
n’était pas rentable, mais elles n’avaient pas d’autres propositions pour gagner quelques sous.