Mémoire de Condé sur Sarthe - page 81

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Le Ferblantier
A la Pépinière, devenue rue de Beauséjour, dans cette rangée de maisons se terminant
par un ancien café tenu dans les années 1930 par Mme Cornu, où mon père prit pension,
habitait un ferblantier Mr
Vérron
. Ce petit bonhomme devant nourrir sa famille, fabriquait des
objets en fer blanc ou galvanisé, petits et grands seaux, pichets, petits et grands plats, arrosoirs,
brocs et plein d’autres objets dont les femmes se servaient à la maison, à la ferme.
Il travailla le temps qu’il put, car la matière première « la tôle », devenait rare avec la
guerre. Ne pouvant fabriquer du neuf, et les ménages n’avaient point d’argent, il se mit à
réparer les bassines, les seaux, les casseroles, faire des soudures pour boucher les trous.
Récupérer au maximum toutes tôles diverses. Les fonds de bassines, de lessiveuses, s’usaient
sur la cuisinière ou sur le réchaud, il fallait bien réparer.
Déjà avant la guerre, on le voyait faire du porte à porte pour vendre ses ustensiles, tirant
une sorte de remorque de sa fabrication. Il passait régulièrement dans les hameaux connaissant
ses clients, il parcourait ainsi la campagne à pied bien sûr, effectuant des kms et kms en tirant
cette voiture à bras. Il n’était pas grand ce bonhomme, 1m 50 tout au plus, mais il marchait je
vous l’assure, et ramenait de ses tournées pleins d’objets de toutes sortes.
Il réparait également les pots au feu en émail, ainsi que les casseroles, les restrictions
durèrent presque jusqu’aux années 1950. Je vous dirai pourquoi plus tard !.
Il était très adroit ce brave homme, je me rappelle quand je lui portais quelque chose à
réparer, je restais bien souvent à le regarder travailler, découper, former, décaper, souder,
marteler ces objets qu’on lui confiait. Pourtant ce n’était pas toujours évident de réussir les
réparations. Il n’aimait pas trop que l’on reste à le regarder, sa femme était plutôt timide se
cachant presque, d’ailleurs elle ne sortait que rarement. C’est toujours lui ou ses enfants qui
effectuaient les courses. Bien souvent, il profitait des tournées et en fin de parcours il rapportait
ce dont la maîtresse de maison avait besoin. Dans cette famille il y avait trois filles, je me
rappelle de l’aînée, Edith, une gentille fille un peu boulotte, qui ne parlait guère, un peu comme
sa maman réservée. Jamais ils ne sortaient autrement, que pour l’école ou les commissions,
Mme Vérron, travaillait au jardin.
J’allais quelques fois chez Mr et Mme Touchard, Gaston et France amis de mes parents
et voisins de cour de cette famille Vérron, c’est ainsi que je voyais Mme Vérron au jardin. Il
était très beau, très grand ce jardin, se terminant par un petit verger poulailler. Comme dans
beaucoup de maisons, dans ces années de privations, le jardin nourrissait la famille. On élevait
volailles et lapins, les enfants allaient à l’herbe, aux pissenlits, aux tasses grasses.
En 1948 j’avais 14 ans, c’était l’âge d’aller travailler, mon père ne voulant pas que je
taille la pierre comme lui, me plaça chez un camarade Italien Mr Cassarini, fumisterie,
plomberie, chauffage. Les salles de bains et le confort n’existaient que dans quelques maisons
bourgeoises, nous passions plutôt notre temps à ramoner, à réparer les poêles, façonner les
tuyaux sur la bigorne, à la main. En ces temps là, les calorifères d’escalier, remplaçaient le
chauffage central, lorsqu’il fallait remplacer les tuyaux sortant par la verrière au 3
ème
étage, ce
n’était pas une mince affaire!.Pour démonter c’était assez facile quoiqu’il ne fallait pas faire de
saletés, difficile avec la suie ! Mais lors de la fabrication, attention aux emboîtements. Si c’était
trop serré ça n’allait pas, trop lâche, ça s’emboîtait de trop, bref avec du temps, on y arrivait.
C’est ainsi que moi aussi, je dus remplacer les fonds de lessiveuses, pots au feu, casseroles et
tout y quanti ! Là j’appris que sur l’émail ce n’était pas tout rose, l’émail s’éclatait si je tapais
trop fort, et l’étanchéité ! Je compris très vite pourquoi Mr Vérron prenait tant de soins à
décaper et à ajuster.
Plus tard heureusement je fis autre chose de plus intéressant, c’était l’évolution des
installations sanitaires et chauffage, je n’eus point de mal à oublier les fonds de casseroles.
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