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Enlevé de la machine, ce sabot était terminé à la main sur un billot ou était fixée une
grande lame coupante comme un rasoir sous l’action et la précision de la manœuvre de
l’ouvrier. Chaque sabot était ensuite percé sur le côté vers l’intérieur pour permettre de les
attacher ensemble. Que de fois j’ai admiré ces compagnons fignolant leur travail. Les sabots se
faisaient dans un bois vert ensuite assemblés par paires, ils étaient mis à sécher dans la
charpente du hangar. Que c’était beau, tous ces sabots alignés.
Le Port des sabots
Quand un client se présentait pour acheter une paire de sabots, le patron la décrochait
suivant la pointure de la demande et faisait essayer, jusqu’à trouver la bonne pointure.
Pour les porter c’était une autre affaire la molette des chevilles était souvent écorchée à
vif. Comme ça faisait mal ! Pour éviter de se blesser à nouveau nous mettions une ficelle
autour de la jambe « très efficace quoiqu’on dise » Les semelles de bois étaient également
fabriquées, toujours par une machine spéciale, et terminées à la main.
Dans cette petite entreprise, quatre personnes travaillaient en permanence. Elle connut
un certain succès car avec l’occupation et les restrictions, il n’ y avait que très peu de
chaussures neuves dans les magasins par manque de cuir. Ce matériau, ainsi que le
caoutchouc, étaient réquisitionné par les Allemands. Tout le monde se chaussait de sabots de
bois surtout à la campagne. Nous portions aussi des galoches à semelles de bois. C’était Papa
qui montait les semelles sur un haut de chaussure montante. Les galoches pour le dimanche
seulement. Pour l’école, c’étaient les sabots, un point c’est tout (expression de chez nous)
Certaines paires de sabots étaient vernies et décorées à la main ou en pyrogravure. Elles étaient
magnifiques ! C’était pour le Dimanche également.
Les ouvriers
Parmi les ouvriers Jean Crouillère un garçon du quartier que j’ai bien connu, épousera
plus tard une jeune fille de l’assistance publique « Ginette Berthiau « venue pour donner la
main à Mme Prodhomme au lieudit l’Hopital qui, prenant de l’âge et continuant à élever des
enfants de l’assistance publique, avait besoin d’aide.
Mr Duval habitant la tour, travaillait également à la saboterie, ainsi que Mr Moulin
ouvrier qualifié, à la confection des sabots. Mr Hée l’avait fait venir spécialement pour le
seconder dans cette création. Un jeune apprenti apprenant le métier était surtout employé pour
le nettoyage des copeaux. Ils étaient déposés dans un endroit à l’écart du chantier, le long des
rochers où le feu brûlait en permanence pour éliminer ces déchets.
Mr Hérissé succéda à Mr Hée, cet homme avait exercé le métier sur le Pont-Percé. Il
avait malgré tout repris la saboterie et continuait à fabriquer des sabots, toujours très employés
dans les fermes. Un nouveau débouché vint relancer et occuper ces hommes : Le moulin à
légumes, Mr Mantelet, avait besoin de poignées pour ses appareils. Mr Hérissé, s’équipa d’une
machine et fabriqua ces poignées. La peinture rouge était obligatoire, ce qui donna du travail à
ces hommes pendant quelques temps.
Il continua, par la fabrication de petites paires de sabots miniatures vernis et décorés
très jolis. On en voit encore exposés quelquefois, sur les points de vente lors de vide greniers,
très prisés ces temps ci, et dans bien des maisons de Condé. La saboterie ferma ces portes, en
1950, Mr Hérissé, dû faire autre chose, car la profession ne nourrissait plus son homme.
Nous avons vécu cela, lorsque nous allions à l’école de Condé et porté ces sabots qui
nous on bien souvent écorché les pieds. Malheureusement je ne possède pas de photos de cet
atelier qui existe toujours, et qui je l’espère sera réhabilité un jour, par exemple pour faire un
musée, de ce beau granit de Condé.
Grâce à Bernard Moulin, j’ai deux photos des hommes devant cette entreprise dont je
ne connais pas tous les noms. Je cite ceux dont je me rappelle, au bas des photos.