- 78 -
La Carrière du Pont
-
Percé
La carrière du Pont-Percé était encore exploitée après la guerre 1914-1918. Le granit qui
en sortait avait un grain très gros. Ce n’était pas un granit dur comme celui de Hertré ou de
Beauséjour, on l’employait surtout pour la construction et certaines créations.
Beaucoup de pierres de taille, que l’on peut voir sur les maisons de Condé, viennent du
Pont-Percé. On les identifie au gros grain qui contient plein de micas qui brillent au soleil.
Les vestiges de la forge existent encore, mais ces lieux sont maintenant privés et depuis
longtemps inaccessibles. La végétation, les arbres, la nature ont repris leurs droits, la grande
mare où le poisson abonde, était dans le temps ! Le paradis des pêcheurs.
A « la Guêpinière », Mme Poirier me demandait si, dans mes recherches, j’aurais trouvé
l’âge de construction de cette belle bâtisse. Au minimum quatre siècles, lui ai-je répondu, sans
pour autant avoir trouvé quelques indications.
On fabriquait des gades ou pressoirs, pour écraser les pommes, avec leur grosse meule,
les grandes auges, qui recevaient le jus de pommes, qui allait devenir « cidre » sortant du
pressoir. Des tabliers de pressoirs tout en granit, plus de 2 mètres sur 2 mètres, avec les
rigoles ciselées dans la masse et la vis centrale scellée au plomb. Je me rappelle en avoir vu
un chez Mr Ragot au bourg de Condé, peut-être existe-t-il encore.
On fabriquait aussi de belles auges, abreuvoirs pour les bovins, pour les chevaux, de
plus petites pour les cochons dans les porcheries. On voit encore dans les brocantes, des
mangeoires, en principe par deux que l’on trouvait dans les écuries pour chevaux.
Ce granit, assez tendre du fait de son gros grain, était choisi pour ces grosses pièces,
mais, malgré tout, défoncer toutes ces auges nécessitait des heures et des heures de travail.
Pour les monuments, les escaliers, un granit plus dur était employé. Sur la commune
étant donné le nombre de carrières en exploitation, on savait où s’adresser lorsque l’on avait
besoin de telle ou telle pierre.
J’ai rencontré Mr Mancelle, né en 1914, une mémoire de la commune : Il se rappelle,
avoir vu, dans sa jeunesse, la carrière du Pont-Percé en fonctionnement.
Mon père me l’avait rapporté mais Mr Mancelle me l’a confirmé : comme dans toutes
carrières, l’extraction se faisait au moyen de mines. On perforait la roche, confectionnait la ou
les mines, et le soir, à la fin du travail, quand tout le monde quittait le chantier (pour raison de
sécurité), on faisait exploser les mines. Mais ce soir-là, je ne vous donnerai point de date, la
mine ouvrit une nappe d’eau très importante et, le lendemain quand les ouvriers revinrent, la
carrière était remplie, engloutissant tout : Le matériel, les baraques de chantier, les treuils,
l’outillage. Même le malheureux cheval fut noyé, enfermé dans son box comme d’habitude, si
bien qu’il ne put se sauver. Le tombereau, les charrettes, tout y était resté. Quelle stupeur vous
pensez ! Voilà ce que Paul Mancelle m’a répété.
Donc, si l’on envisageait de vider cette mare, il serait possible de retrouver le matériel,
mais quatre vingt ans après, la rouille a dû faire son œuvre.
Mme Suard me disait qu’avant l’adduction d’eau, les dames du Pont-Percé descendaient
laver leur linge, dans cette grande étendue d’eau.
Pourtant, l’accès était difficile : je m’imagine les dames portant leurs seaux de linge,
descendant et remontant le raidillon, les seaux devaient être bien lourds en arrivant.