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La Saboterie
C’est en 1940 que Mr Hée créa la saboterie à la Jardinière. Un hangar fut monté,
couvert en ardoises, bardé de planches de chêne peintes au carbonyle, le courant électrique
installé, des machines, à former et à défoncer l’intérieur des sabots, furent mises en place. Des
râteliers ou tous les outils nécessaires à la préparation du bois, à la découpe, au tracé, des outils
manuels de finition des sabots, le coin vernissage tout était en place pour la bonne marche de
cette nouvelle entreprise sur la commune. Il ne manquait plus que les compagnons et le bois.
Les enfants du quartier surveillaient avec curiosité la mise en place de tout cela. C’est ainsi que
l’on vit arriver de gros et longs troncs d’arbres, de hêtre et de frêne, fraîchement abattus
transportés par un diable tiré par un attelage de trois chevaux. Ce n’était pas une petite affaire
la mise en place de ces troncs, après maintes manœuvres le diable fut dégagé. Les ouvriers
étant présents, sortirent le godendard ?
Le Godendart
Appelé encore passe-partout, le godendard était une grosse lame d’acier dentelée munie
de deux poignées. Les ouvriers tiraient et poussaient dans un mouvement de va et vient, le
sciage s’effectuait. Travail dur et pénible car les journées étaient longues. Nous les enfants
nous étions très intéressés par tous ces événements qui se déroulaient dans le quartier. Le
patron traçant les coupes, le bruit régulier de cette grande lame avec les gestes de va et vient
des garçons décidés, le premier tronçon de ce beau bois de hêtre ne tarda pas à tomber. Quel
parfum cette coupe ! Hum, très agréable. Le patron sortit une sorte de tranche d’acier assez
longue la posa sur le tronçon et sous la frappe de la masse il se partagea en deux. Puis il
recommença l’opération sur les deux quartiers, ainsi il eut quatre morceaux. Il enleva les
angles avec une hachette formant presque un rondin, ainsi le morceau était prêt pour passer
dans la machine à former.
Le Diable
Le diable se composait de deux parties, deux très grandes roues reliées par une grosse
pièce de bois traversée par un arbre permettant de fixer les roues. De cet arbre partait une très
longue pièce de bois reliée à un chariot. De ce chariot partaient deux longerons ou l’on attelait
le cheval. Les deux autres chevaux étaient reliés entre eux par des traits accrochés aux
longerons. Les troncs d’arbres étaient suspendus sous l’axe des grandes roues d’une part et
d’autre part à la longue pièce de bois reliée au chariot. Voilà pourquoi la mise en place des
troncs n’était pas facile, il fallait du dégagement pour sortir le diable, pas question de reculer.
Les charretiers étaient très expérimentés et prenaient beaucoup d’attention aux attelages.
Le sabot
Mais revenons à la fabrication du sabot, le morceau que le patron avait équarri à la
hachette était fixé à une ébaucheuse. La pièce de bois tournait sur elle même et sur le coté une
forme de sabot tournait en même temps sur elle même également. Le guide se promenant sur la
forme commandait la fraise ébaucheuse et donnait la même forme tout en descendant. Les
copeaux volaient dans un bruit de grignotage mais que ça sentait bon ! Ensuite ce début de
sabot (il avait déjà la forme) était fixé sur la défonceuse et toujours sur le modèle parallèle la
fraise entrait en action mais cette fois-ci commandée par la main de l’homme, la molette
tournait tout en grignotant l’intérieur du sabot suivant le modèle guide.