- 51 -
Ernest Lemée et son « Désir ».
Ernest Lemée, 1847-1927 était horticulteur paysagiste à Alençon et secrétaire
bibliothécaire de la Société Horticole Ornaise. Selon ses dessins et idées, il réalisa en 1896
un décor de jardin que le passant peut admirer, au n°1 actuel de la rue de la Jardinière.
C’est tout petit mais c’est beau.
Cela commence par un ravissant kiosque volière sur rocaille, où l’on accède par un
escalier dont la rampe en ciment représente du faux bois, admirablement reproduit, au
dessous, un grand bassin très harmonieux dont les parois sont inclinées en forme de
cuvette.
Le grand kiosque, réalisé lui aussi en ciment armé avec des entrées bien dessinées,
peint en jaune, aux fenêtres garnies de verres de couleur, placé en angle du jardin avec son
toit incurvé mérite le coup d’œil. Ce jardin était agrémenté autrefois de fleurs d’arbustes
variés de couleurs différentes. Ornant la grille de fer et son portillon avec une inscription
«
A mon Désir
» une glycine grimpait le long de la façade, décorant et embaumant l’entrée
de ses grappes de fleurs mauves.
En pénétrant dans ce lieu, nous passons sur une splendide dalle de granit formant un
pont sur un caniveau en ciment recueillant l’écoulement des eaux de ruissellement de la
route. La niche du chien, tout de suite en entrant, mérite son coup d’œil.
En 1935, Paul Béguin se sépare d’avec son frère Henry Béguin. Ils exploitaient en
commun la ferme du Grand Hertré, propriété de la maison Fould. Henry Béguin fit venir
son fils André, marié et père d’un enfant (
Bernard
) né en 1934.
André Béguin travaillait à la ferme du château de Glatigny, sur Cuissai, exploitée par
ses beaux parents, Mr et Mme Gasnier. Il arrive donc au Grand Hertré, associé à son père.
Le Grand Hertré, propriété du château de Verveine fut exploitée par les générations de
Béguin depuis 1837. Bernard continuera lui aussi, (
jusqu’à sa pré
-
retraite le 1er Janvier
1993
), célibataire, ayant depuis son jeune âge, travaillé cette terre.
Paul Béguin vient s’installer dans cette maison «
A mon Désir
» à la Jardinière et va créer
une petite exploitation laitière. Avec quelques vaches et naturellement des veaux, trois ou
quatre herbages en location, avec son épouse qui se met à fabriquer des fromages blancs
délicieux et la vente du lait aux riverains, il gagnera sa vie. Je me rappelle les bons
fromages blancs que Mme Béguin nous vendait : nous allions les chercher avec plaisir ainsi
que le lait qui était très crémeux. Se qui permettait à maman de récupérer la crème pour
faire un peu de beurre. Le matin, le lait était reposé, sur la surface, une couche de crème.
Maman avec une cuillère la récupérait, et avec le fouet à pâtisserie tous les deux ou trois
jours, elle battait cette crème pour faire un petit peu de beurre pour le déjeuner. Le matin,
nous nous régalions. C’était l’époque des restrictions ! Et nous manquions de bien des
choses !….Paul Béguin, emmenait ses vaches paître jusqu’à Beauséjour : Il y avait très peu
de circulation et ces belles normandes prenaient toute la route. Pour le fourrage, il se
réservait toujours une parcelle à faucher et, s’il en manquait l’hiver, son frère lui en
procurait. Cette maison possédait un grand jardin potager, indispensable pour ces petits
exploitants qui allaient vendre quelques produits sur le marché d’Alençon. Ils vécurent
ainsi leur vie de travail, sans jamais demander d’aide.
Son fils Léon Béguin et sa famille, viendront habiter cette gentille demeure. Léon et
son épouse, anciens agriculteurs sur la commune de Pacé, avaient trois enfants. Léon
Béguin, en attendant la retraite, travaillera aux établissements Maillard. Après quelques
années de labeur, ils goûteront un repos bien mérité. L’âge, et la maladie, viendront, ainsi
va la vie, ils quitteront ce monde. Paul et Anne Marie leurs enfants, pendant quelque temps,
prendront soin de cette gentilhommière. Puis, suite à un accord des deux enfants vivants,
(l’aîné Jean-Pierre étant décédé) la maison sera vendue à Mr Mme Parein en 1995.