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Un plus pour le commerce
Elle se mit à vendre les fruits et légumes, en déplaçant la pièce de vente, ce qui laissait
libre la pièce d’entrée où elle installa un bar et une belle vitrine tabac. La terrasse accueillait les
promeneurs, il faut dire aussi que la vie était meilleure, le travail ne manquait pas, la
reconstruction repartait. Bref, c’était le bon moment pour redémarrer.
Mme Correia se mit à vendre les articles de pêche, lignes, hameçons, matériel divers, les
cartes de pêche, pour la rivière et les mares. Puis dans le jardin, elle entretenait une fourmilière
d’asticots avec de la viande en décomposition. Les pêcheurs allaient se servir eux mêmes, pas
besoin de s’en occuper. Elle vendait également des amorces diverses. Elle avait trouvé là un
revenu substantiel qui fit progresser le chiffre d’affaires.
Le propriétaire, voyant cela, convoqua son notaire et débarqua un beau jour pour lui
augmenter le loyer, ce qui ne fut pas très bien accepté, on le comprend !
Dans les carrières, au mois d’août 1955, la commune avec Mr Leraillez, organisa une
grande fête champêtre avec chaumière, jeux pour les enfants, chamboule tout, mât de cocagne,
course en sac, jeu du casse pot les yeux bandés, un grand parquet pour danser, bref une belle
fête de quartier. Le maire avait bien fait les choses, il avait même des projets, mais ne fut pas
suivit par le conseil municipal. Mme Correia participa à cette manifestation de grand cœur, son
commerce en profita. Une idée germait dans sa tête : pourquoi ne pas essayer de construire
quelque chose à soi. Elle ne put concrétiser son désir, Mr Dufrou ne voulant pas lui vendre de
terrain. Pourtant ses idées étaient bonnes/ bosquets, tonnelles, salle de restauration, le lieu était
super. Les carrières étaient tellement fréquentées, la clientèle était assurée.
Dans ces années-là, et depuis toujours, les gens des campagnes faisaient un jardin,
élevaient des lapins, des volailles. Le dimanche je donnais la main à mon père pour bécher le
jardin. De nos jours il n’y a plus guère que les aînés pour jardiner.
Depuis la libération les fêtes de quartier avaient repris, chaque hameau avait sa fête : la
Boissière, le Pont Percé, le Bourg, sans compter les bals chaumières. Au moins deux dans
l’année : la jeunesse se retrouvait et s’amusait.
Je me rappelle que rentrant du travail le samedi, je voyais le vélo de mon père, devant ce
Café (
A la Terrasse
) je m’arrêtais et prenais grand plaisir a bavarder avec lui, devant un
Cinzano son apéritif préféré, « Que c’est loin tout çà ». Mr et Mme Correia eurent un fils,
« Didier » je ne l’ai à peine connu, je suis parti pour le service militaire, c’est la vie. Ils
quittèrent le commerce en 1959, repris par Mr et Mme
Walter
et leur fils. Des gens un peu
âgés, qui sont passés à «
La Terrasse
», sans laisser de souvenirs très précis. Ils parlaient peu
et n’étaient pas très commerçants. Ils quittèrent en 1962 sans avoir apporté quelque chose de
nouveau au commerce.
Mme
Beslin
leur succéda, également sans grand changement, elle resta deux années, de
1962 à 1964. Venant de la Sarthe, elle eut du mal à s’habituer au quartier.
Mr et Mme
Launay,
par contre, le 17 Octobre 1964, avec leur dynamisme et leur
courage, redonnèrent vite fait de la valeur à ce fonds de commerce. Ils relancèrent les bals
chaumières, la fête du quartier, ce qui fit revivre un peu la Jardinière. Avec les produits
«
Spar
» et les colis épargne, la clientèle était satisfaite. Ils eurent quelques bonnes années, ce
qui leur permit d’acheter les murs toujours propriété de Mr Cornu.
Mais en décembre 1971, ils durent fermer la boutique. Victimes des grandes surfaces
venues s’implanter, Carrefour, Leclerc, Intermarché… la mort de ces commerces de campagne.
Les petits commerçants, qui pourtant redonnaient de la vie dans nos quartiers, n’ont plus le
droit d’exister. Quel dommage. De nos jours bien des choses ont disparu, les fêtes de quartiers,
les bals chaumières, rien n’est plus comme dans ces années-là. La jeunesse s’amusait,
aujourd’hui plus rien n’est possible La violence, le non respect de rien, de personne, même la
police ne peut intervenir. Je me demande où l’on va ?