Mémoire de Condé sur Sarthe - page 10

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Les Carrières
Depuis des siècles, de nombreuses carrières existaient sur Condé-sur-Sarthe et
Damigny. Les carrières étaient exploitées à ciel ouvert. Le granit dans les carrières, forme des
pans de rochers d’une dizaine de mètres de hauteur. La pierre que l’on trouve sur toute la
commune, est plus tendre et plutôt jaune en surface, tandis que dans les profondeurs le granit
est dur et presque bleu, surtout celui de Beauséjour, la dernière carrière exploitée.
Des fils divisent les rochers par des fissures, de ces failles quelquefois des blocs
peuvent êtres extraits à l’aide de coins d’acier et de barres à mines. Pour des bancs de granit
plus importants, c’est-à-dire sans fissures, les ouvriers carriers, autrefois (car de nos jours
toutes les carrières sont fermées), effectuaient des trous à l’aide de burins spéciaux, en vue de
faire une mine.
Dans le temps ce travail se faisait à la main, à l’aide d’un burin de forme spéciale,
deux compagnons se relayaient pour frapper à la masse sur ce burin, l’un assis tournait le
burin d’un quart de tour à chaque coup de masse donné par l’autre. Le burin était toujours dans
l’eau et à tour de rôle ils se relayaient, après avoir effectué une volée d’une centaine de coups
de masse. Ils creusaient le banc de granit suivant l’épaisseur, parfois plus d’un mètre de
profondeur. Avec un burin on creuse un trou circulaire. Ce trou était rayé intérieurement dans
le sens de la coupe à effectuer, toujours à l’aide de burins forgés spécialement pour chaque
travail. Le carrier bien souvent était forgeron, il préparait ses outils lui même, savait tremper
tel ou tel burin suivant l’acier. Ensuite ce trou était séché et la mine pouvait se faire. A base de
poudre noire tassée, mèche lente et terre sèche, l’ouvrier bourrait la mine, laissait une bonne
longueur de mèche, de façon à donner le temps d’évacuer le chantier et ensuite il pouvait y
mettre le feu. Avec 1 kilogramme de poudre noire, on pouvait faire éclater un bloc de
plusieurs tonnes. Par principe, la mine était mise à feu le soir à la fin du travail, ainsi on était
sûr que personne n’était resté sur le chantier. De nos jours dans les carrières, les compresseurs,
perforateurs et burins à pastille de tungstène, ont remplacé les burins forgés ; ce qui a rendu
moins pénibles ces travaux de forçats.
Lorsque le bloc de pierre était dégagé, il fallait le débiter à l’aide de trous en ligne
appelés «
potées
» avec des clous spéciaux. Quelques coups de masse sur les clous et le bloc
s’ouvrait en deux. Pour le tracer, les carriers employaient soit un charbon de pile, soit un bois
rouge venu d’outre mer. Ce bloc de pierre était fendu pour permettre la facilité du transport.
Des roules en bois, des crics, des treuils, des chaînes et puis plus tard la grue, tout ce matériel
était nécessaire pour amener ces cubes transportables sur les chantiers de taille. Le transport
s’effectuait dans le temps avec charrettes et tombereaux, tirés par des chevaux, en 1900, les
camions n’existaient pas. Sur les carrières, on installa des rails sur lesquels circulaient des
wagonnets, tirés par des treuils, actionnés par des bras d’hommes bien sûr. De ces chantiers de
taille allaient sortir toutes les pierres nécessaires à la construction de maisons, de châteaux, de
ponts arches et piliers, de calvaires, d’églises, de colonnes (Palais de Justice
d’Alençon)
pierres de taille, portes cochères.
Dans la carrière à l’oeil nu, le chef de chantier sélectionnait déjà les bancs de pierre
d’une certaine longueur, les réservant pour les linteaux, les bâtons de calvaire. Ce n’était pas
tous les jours que ces morceaux se présentaient. De même pour les monuments, et tous
travaux, les débits s’effectuaient suivant les commandes en cours.
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