Mémoire de Condé sur Sarthe - page 16

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La vie de montagnard de mes grands
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parents
Sur sa jeunesse, Papa me raconta bien des choses. Habitant en montagne, le bois,
l’eau, la nourriture, le fourrage etc…tout était porté sur le dos ou sur la tête. La vache et les
brebis vivaient presque avec eux, l’étable étant ouverte sur la pièce commune. La famille
profitait ainsi de cette chaleur dégagée par les animaux, ce qui était très appréciable, dans les
grands froids de l’hiver.
Il n’y avait pas de route arrivant à leur maison, un sentier était le seul accès à leur
mâsure. L’eau, c’était la petite fontaine qui coulait à flanc de montagne, ou le torrent en bas
dont la passerelle après l’hiver, était la première chose à remettre en place pour parvenir au
village, travail qu’ils effectuaient en commun, avec les voisins.
Tout l’hiver ils étaient isolés, se nourrissant de châtaignes séchées, de farine de
châtaignes ou de froment que le père avait eu soin de prévoir. Tout ceci n’était qu’habitude
pour ces gens qui vivaient ainsi. Mon père est né en 1905 à Ricco del Golfo en Italie
(Toscane). C’était un peu la même vie dans notre région, la montagne en moins. Le médecin,
c’était la maman qui avec la voisine préparait des potions de plantes séchées. L’école, les
enfants n’y allaient que très rarement, il fallait donner la main à la belle saison, il y avait du
travail à la maison. Le père sitôt le printemps partait à la carrière, et bien souvent ne revenait
qu’à l’approche de l’hiver, rapportant avec lui la pièce de cuir, avec laquelle il allait fabriquer
ses chaussures pour la campagne prochaine. Sa femme, toute la saison s’occupait de bécher,
de planter, de récolter, sur de petites parcelles de terre en espaliers, retenues par des murets
de pierres entassées. L’âge et la force venue, mon père comme ses frères apprirent le métier
de tailleur de pierre avec leur papa.
Pourtant il a fallu partir…Quitter sa famille, baluchon sur le dos, se sauver pour
échapper à la rigueur du régime de dictature mis en place à l’époque par
Mussolini.
Il n’avait
pas le choix, le travail manquait ! Et il y avait des bouches à nourrir. Pour quitter l’Italie, sa
terre natale et recréer une existence sans parler la langue, pour envoyer si possible quelques
pièces à la famille restée au pays, j’imagine la solitude et le courage que mon père a fait
preuve. C’est ainsi que débuta la vie française de mon père. Plus tard sa famille est elle aussi
venue en France, ils se sont adaptés, toute leur vie, ils ont travaillé cette pierre source de
gagne pain.
A la ferme
Aux grandes vacances, j’étais chargé de scier le bois, de le casser, de le monter au
grenier, un travail pénible mais qui me plaisait : le nombre de stères de bois que j’ai pu scier,
casser dans ma jeunesse est énorme ! Avec l’aide de mes petits voisins, Michel Garnier et
Michel Lecerf, nous le rangions.
Sitôt mon travail terminé, j’allais à la ferme retrouver
Mr Adde, Mrs Guéranger
, je
me plaisais beaucoup avec eux. Mr Adde m’appelait «
Tino
» car je chantais très souvent. Je
travaillais avec eux, soignant les veaux, l’hiver je tournais le coupe racines pour couper les
betteraves, mélangées à de la balle de blé récupérée au moment des battages. Ces copeaux de
betteraves servaient à la nourriture des vaches à l’étable. J’allais à la ferme, participer à la
moisson, poser les liens par exemple. Les moissonneurs passaient derrière pour confectionner
les gerbes. A la batterie, moment fort de la culture, je portais la cruche de cidre pour les
hommes. Quelquefois je déliais sur la batteuse, quand les gerbes n’étaient pas trop lourdes.
Au moment de faire le cidre, après avoir mis les pommes dans les gades, je touchais le cheval
tout en tournant avec lui.
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