Mémoire de Condé sur Sarthe - page 17

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Quand arrivait la saison, avec
Mme Guéranger
je fabriquais des bottes de cresson,
qu’elle vendait aux commerçants en portant le lait. Elle m’emmenait avec elle en carriole, me
laissant conduire la jument. « Coquette » avait l’habitude de la route, elle pouvait aller seule,
mais j’étais fier de tenir les guides. Je donnais également la main à la fermière, pour éplucher
les légumes, lui apporter de l’eau prise à la fontaine, car la ferme ne possédait pas de puits, ni
de pompe. Quel plaisir, quand je pouvais rester manger avec eux, je retrouvais Jacqueline la
fille de
Mr Adde
, elle était malade d’une jambe et marchait difficilement. Elle ne pouvait
même pas aller à l’école. Mme Adde participait aux travaux de la maison et brodait les après
midi, de beaux services au point de Beauvais.
Le travail de Papa en 1939
Pendant la guerre, mon père étant inapte au service de l’armée, la carrière ayant fermé
ses portes, il fut requis comme travailleur de force. Dans un premier temps, il travailla en
forêt, à préparer du bois pour les familles nécessiteuses, le chef de famille ayant été mobilisé.
Puis sous l’occupation, il fut envoyé à la fonderie, à Monbizot pour faire des obus. Affecté à
l’ébarbage, il faillit perdre la vue, à cause des grains de meule que lui envoyaient ses
collègues. (Manque de protection). C’est le Docteur Rousseau qui le soigna, cautérisant ses
plaies des yeux par des pointes de feu ! Que de souffrances !
Il réussit à se faire exempter de la fonderie grâce au Dr Rousseau, il retourna en forêt
mais cette fois pour faire du charbon de bois. Avec un copain Gaston Touchard, ils ne
rentraient à la maison qu’en fin de semaine. Ils se rendaient en forêt en vélo avec des pneus
pleins par tous les temps. Ils couchaient dans une cabane, construite par eux, car il fallait
surveiller les fours même la nuit, à cause du vent qui lorsqu’il soufflait, attisait le feu dans les
fours. Alors il fallait obturer l’air, si non, le feu allait trop vite et il ne restait rien dans le four.
Mme Touchard
m’emmenait dès l’âge de 10 ans en forêt à vélo, assis sur le porte bagages
« Quel courage » ! Je sciais et montais déjà un stère de bois auprès de mon père. Que j’aimais
rester avec lui à la Butte Chaumont ! Je l’admirais beaucoup, tant il était tranquille. Lorsqu’il
rentrait de la forêt, le premier travail était de se laver, car il était tout noir. Pour la toilette,
Maman avait préparé la lessiveuse sur le coin de la cuisinière. Quand nous étions endormis,
mon père se nettoyait debout dans la lessiveuse avec l’aide de Maman. C’était cela la salle de
bains de la famille, nous passions nous aussi dans la lessiveuse pour la grande toilette, de fin
de semaine.
Mon père était très adroit de ses mains, il était un peu charron, aimait travailler le
bois, il fabriquait des échelles, des brouettes, même une voiture à bras. Au sujet de la voiture
à bras, il dut agrandir l’entrée de la cour, rien que pour passer le train de roues, la petite
barrière était trop étroite.
La fabrication d’une échelle.
Au sujet des échelles, avec un bout de ruban, mon père, s’était fabriqué une scie à
refendre munie de deux poignées pour la manœuvrer. La fabrication d’une échelle n’était pas
une mince affaire. Dans la forêt, ou à la scierie, il se procurait une gaule de sapin de grosseur
moyenne, 10 à 12 cm de diamètre et de bonne longueur suivant l’échelle qu’il désirait
réaliser.
Cette gaule était percée tous les 28 cm, là j’étais avec plaisir, mis à contribution pour
maintenir la gaule, le temps du perçage à l’aide d’un tarrière de 25 mm. Puis venait le sciage,
pour cette opération la longue pièce de bois percée était montée au grenier. Debout dans la
lucarne, Papa manœuvrait la scie de haut en bas. A mesure qu’il sciait, je maintenais cette
longue pièce de bois et entre deux poses j’avançais la gaule.
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