Mémoire de Condé sur Sarthe - page 20

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Les voisins participaient à la nourriture du cochon. Tout le monde récupérait les eaux
de vaisselle, les épluchures de pommes de terre que je faisais cuire avec de petits tubercules
ramassés lors de la récolte.
Nous allions ramasser des feuilles d’ormeau ou des orties que je hachais, mélangées à
du son que nous prenions au moulin, et au babeurre. Voilà les ingrédients qui composaient
les repas de notre hôte, parfois bien encombrant.
Deux fois par jour je préparais un seau de nourriture, pommes de terre, verdure et
farine spéciale pour l’engraisser. Vous dire avec quelle rapidité «
Casimir
» engloutissait
cela ! Si bien qu’il profitait à vue d’œil. Au bout de quelques mois, papa parla de le tuer, moi
gaillard, je me proposais de tenir la poêle pour récupérer le sang. Mes parents, après une
longue conversation, nous avaient expliqué toutes les phases de l’opération.
Le charcutier fut donc commandé et le grand jour arriva. Le bonhomme après un coup
d’œil rapide sur «
Casimir
» dit : il est bien beau ! Il installa ses outils sur une table préparée,
planta un piquet dans la pelouse et prit une corde, attrapa le cochon par une patte et l’attacha
au piquet. Le cochon se mit à gueuler, il n’était plus question pour Pierrot de tenir la poêle. Je
rentrai en trombe à la maison et attendit que le cochon ne crie plus pour aller voir la suite des
opérations. Le charcutier travailla toute la journée à la préparation, au découpage et à la
fabrication de toute la charcuterie. Le malheureux «
Casimir
» grand copain de Pierrot qui
l’avait si bien soigné, n’était plus. Le charcutier, une fois le cochon saigné, le brûla, le gratta,
le lava, le pendit sur une échelle, l’ouvrit en deux, récupéra les entrailles qu’il lava à grande
eau à la pompe, et continua son travail sans interruption pour dire, jusqu’au soir. J’eus
l’occasion de tourner la manivelle du hachoir, pour fabriquer le boudin et toute la viande
nécessaire à la charcuterie.
Ce matin là, j’avais allumé le feu sous la chaudière remplie d’eau, et fut chargé de le
surveiller. Le charcutier avait toujours besoin d’eau chaude et c’est papa qui le moment venu
se chargea de faire cuire le boudin. Qu’il était bon ce boudin ! Le charcutier prépara les
rillettes, les pâtés, les saucissons, et les andouilles. Ensuite il trancha les grillades, prépara les
jambons pour les emmener au fumoir, déposa les morceaux de viande en les enrobant de sel
pour la conservation dans le saloir (grand pot en grès), voyez le travail ! Tous les voisins,
eurent leur morceau de boudin, avec quelques grillades pour les remercier de leur
participation à l’élevage de ce «
Casimir
». Pendant cette période de restrictions, nous
élèverons trois cochons.
Pierrot caressant Casimir, Marinette, Juliette avec Ghislaine dans les bras
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