Mémoire de Condé sur Sarthe - page 15

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Les occupations
Que de moments très agréables avons nous passés, à l’ombre sous cette tonnelle
pendant les congés scolaires, faisant nos cahiers de vacances, ou rédigeant notre carnet de
bonnes actions !
Le travail nous était tracé par Maman : Aller chercher de l’herbe pour soigner les
lapins, préparer le bois pour la cuisinière, aller chercher le lait à la ferme, faire les
commissions, chez l’épicier avec la liste des produits à rapporter.
L’été nous allions glaner, le grain pour les poules, la paille pour les litières des lapins
et du cochon. C’était un concours permanent, à qui ramènerait le plus de glanes ! Il nous
arrivait même parfois de tirer quelques épis dans les bottes. On nous surveillait malgré tout et
si quelqu’un nous surprenait, la course était notre seul salut. J’aime autant vous dire qu’il n’y
avait personne à la traîne!
Nous devions aussi éplucher les légumes pour le potage du soir. Mes sœurs étaient
chargées de faire le ménage, la vaisselle, moi je devais m’occuper du jardin : bêcher un carré,
sarcler une planche, biner, désherber, arroser les nouvelles plantations que papa avait mises
en place
Il faut dire que Maman travaillait sans relâche, elle lavait pour des gens de la ville qui
lui apportaient leur linge qu’elle repassait et pliait avec beaucoup de soin.
Le soir on s’éclairait à la lampe à pétrole ou à carbure que nous devions préparer tous
les jours. Faire ses devoirs avec ces éclairages, demandait une attention particulière.
L’électricité, nous ne l’avons eue que fin 1944.
C’est l’entreprise Richet, qui installa la lumière. Mr Richet aménagea les ouvriers qui
arrivèrent en bicyclette chargée du matériel. Il leur expliqua le travail, resta avec eux la
matinée puis repartit vers midi.
Les ouvriers avaient apporté leur repas, ainsi ils gagnèrent du temps et le travail fut
vite exécuté. L’électricité de France fit le branchement, nous n’attendions plus que le
courant. Ce qui ne tarda guère et le grand jour arriva. Vive l’électricité ! Quel changement !
Plus de lampe à préparer, abaisser l’interrupteur et vive la lumière !
Une surprise pourtant attendait Papa, les ouvriers électriciens lui avaient volé son
tabac qu’il cultivait avec grand soin. « Le tabac », que c’était beau comme plante, surtout en
fleurs. Cette culture était pourtant interdite, mais cela n’arrêtait pas papa ; mettre les grandes
feuilles étalées sur des clayettes à sécher au grenier. Sous l’occupation nous étions privés de
bien des choses. Le tabac, pour les hommes c’était important ! Il fallait voir mon père le
préparer, l’humecter, le rouler, le couper en fines lamelles à l’aide de son tranchet de
cordonnier sur la planche prévue pour cette opération. Pour en revenir à cette anecdote et par
chance, n’ayant pas tout mis à sécher faute de place, papa eut assez de tabac malgré tout pour
compenser cette disparition.
Papa avait également des dons de cordonnier, il faut dire qu’il avait vu, durant toute
son enfance de montagnard Toscan, son père
faire
lui même ses brodequins pour la
carrière
. Coudre un contre fort, une semelle de chaussure, n’avait point de secret pour lui.
Papa préparait son ligneul sorte de ficelle avec sa poie, (sorte de mastic noir employé par les
bourreliers) perçait le cuir avec une alène et enfilait son ligneul en croisant les points, serrant
fortement après chaque point. Il employait également des semences, sorte de pointes carrées
très fines qui se recourbaient facilement sous l’action du marteau, prenant appui sur la forme
spéciale de cordonnier. Cette forme, Papa se l’était forgée lui même dans une grosse barre de
fer rond, plantée dans un billot de bois, elle tenait debout je vous l’assure ! Que de soirées
passées à réparer, recoudre et ressemeler nos chaussures
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