Mémoire de Condé sur Sarthe - page 14

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Le Petit Hertré, 6 rue de la Source
Je vis le jour, le 15 Juillet 1934 dans une famille de trois enfants, avec mes deux
sœurs aînées, Marinette, née en 1931 et Gisèle née en 1933. Je vais vous décrire notre
maison. Cette habitation se composait de deux logements dont
Mr Bignet
était le
propriétaire. Chaque partie de maison possédait deux pièces, une grande pièce cuisine et
chambre pour les enfants où nous prenions les repas, et la chambre des parents. Le mobilier
de notre maison était très simple, une table ronde au milieu de la pièce avec les chaises
autour, un buffet à deux corps vitré, une cuisinière sur grandes pattes, un petit buffet
contenant la vaisselle courante, un grand lit pour mes sœurs, un petit lit pour moi. Sous la
fenêtre, une étagère portait la cuvette pour la toilette du matin, derrière un rideau se
trouvaient deux seaux galvanisés pour aller chercher l’eau à la pompe. Le mobilier de la
chambre des parents se composait d’un grand lit, d’une étagère penderie, et d’une armoire
contenant le linge de la famille. Les toilettes appelées « cabinets » se trouvaient au jardin,
près des cages aux lapins. L’entrée de la cour était commune, nous accédions à ces logements
par une petite barrière donnant sur le chemin. A l’origine ce chemin n’était pas goudronné
loin de là, seulement empierré et à peine carrossable. Une grande haie de noisetiers bordait le
jardin de
Mr et Mme Collet
, nos voisins de cour. Ils étaient locataires comme mes parents,
avec un grand jardin potager planté de trois pommiers, trois ou quatre pêchers et un cerisier.
Ce grand terrain longeait le chemin jusqu’à la route de la Jardinière et se terminait par un
petit champ en herbe. Les pêchers donnaient des fruits à chaire rouge (pêches de vigne
sanguine) ! Quel régal ?
Mr Collet
utilisait ce champ pour élever des lapins et récolter du foin. Un puits avec
une pompe à balancier était mitoyen et avait une eau excellente, sans jamais tarir. D’ailleurs
ce puits sera le rendez-vous de plusieures familles ne possédant pas d’eau chez eux. Les
familles, Touchard, Ferré, Nouvel-Tilland, descendront régulièrement chercher de l’eau à
cette pompe. Les enfants en général étaient chargés de cette corvée. La famille Nouvel
habitait la Butte, distante d’au moins 800 mètres du Petit Hertré. Voyez le trajet avec deux
seaux pour ces enfants, car ils venaient toujours à deux, en sabots de bois pieds nus, sans
chaussettes, en toutes saisons.
Chaque logement possédait, une cave et un grenier dans une bâtisse annexe donnant
sur la cour, et un cabanon servant à élever le cochon ou abriter les volailles. Au dessus de
chaque maison également, se trouvait un grand grenier parqueté où l’on accédait par une
échelle. Notre jardin qui possédait un cerisier, deux pommiers et deux pêchers, s’arrêtait un
peu avant celui de notre voisin. La partie haute de notre jardin était entretenue par
Mr
Poirier
, beau père de
Mr Bignet le propriétaire
,
qui avait la charge d’un potager verger,
planté de très bons pommiers, de pêchers et pruniers. Je passais souvent la clôture pour aller
chiper les fruits à la saison, en cachette du propriétaire.
Mr Poirier
avait une petite cabane
sur ce terrain, il s’y reposait après avoir jardiné car il était très âgé.
Dans la cour, il y avait une douve entourée de murs que Papa avait couverte d’un
grillage, quatre marches pour descendre, une barrière ouvrant sur une surface d’une dizaine
de mètres carrés d’eau. L’eau était belle, servant surtout à arroser, on dit que les anciens
locataires s’en servaient comme lavoir, je ne me rappelle pas avoir vu Maman, faire la lessive
dans cette douve. Des noisetiers divers, rouges et verts donnaient des coins d’ombre l’été et
des noisettes délicieuses en septembre.
Dans le fond de notre cour, papa avait construit un poulailler tout près d’une tonnelle
abritée par deux noisetiers. Nous élevions des poules pour les bons œufs frais.
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