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A peu près au milieu, on changeait de bout et le sciage reprenait jusqu’à la séparation
des deux morceaux. Une fois rabotés, les échardes et les angles enlevés, les montants étaient
prèts à recevoir les barreaux. En bois de chêne sans nœuds fendus, équarris, rabotés de
dimension correspondante aux trous, le montage de l’échelle pouvait commencer,
progressivement l’échelle prenait forme. Tous les barreaux étaient calés, l’ensemble était
raboté, fignolé : l’échelle était prête
Les travaux de la ferme
Autrefois les paysans ne possédaient point de machines outils, pas de charrue. Le sol
était travaillé avec l’agraire, sorte de bineuse à socle de bois et mancherons tirée par un
cheval ou une paire de boeufs .
Une fois le sol labouré, il était hersé, puis ensemencé à la volée, à la main bien sûr,
puis de nouveau hersé pour enterrer les graines. Les corbeaux veillaient, les paysans avaient
bien de la peine. Et, quand le châtelain au cours de ses chasses traversait leurs champs avec
chevaux et meutes de chiens, c’était la désolation car tout était saccagé. De plus, il n’y avait
pas d’engrais, les récoltes étaient minables. Les paysans craignaient les intempéries: Les
grands froids des hivers quand la température descendait à moins 25, moins 30. Ou bien
encore les pluies abondantes qui parfois pourrissaient les semences. Difficile de manger à sa
faim car l’impôt (la dîme) était très élevé !
Puis venait le temps des récoltes, pour couper les foins et les grains, « à la faux ». Il
fallait voir les faucheux (terme de pays), quatre ou cinq suivant la grandeur de la parcelle à
couper. Tous courageux, car le travail était dur. Le premier attaquait, trois mètres derrière, le
deuxième et ainsi de suite. Ces hommes d’un geste régulier, balançaient la faux de droite à
gauche qui pénétrait dans l’herbe avec un bruit assez sec à la rencontre de tiges plus ou
moins grosses. De temps à autre ils se relevaient pour redonner du mordant à la faux, à l’aide
de la pierre spéciale pour aiguiser. La pierre elle était maintenue à la ceinture de l’homme,
dans son dos dans une corne de bœuf ou un couillet en zinc, toujours dans l’eau, c’était un
plaisir de les voir passer cette pierre sur le fil de la faux dans des gestes précis, un coup au
dessus, un coup en dessous en avançant vers la pointe.
L’herbe coupée était étalée, fanée plusieurs fois à la main, à l’aide de fourches en
bois. L’herbe sèche était mise en andains avec des râteaux de bois, puis en petits tas appelés
(
butiaux
). A ce sujet, j’ai une histoire à vous conter ! Je devais avoir sept ou huit ans. Lors
d’une soirée de ramassage de ce foin, Maman m’appelle pour venir souper ; moi voulant
rester avec les hommes, je n’étais point décidé à obéir. Un des hommes me dit :« cache toi
sous ce butiau, elle ne te verra point ». Les hommes continuant le ramassage ne savaient plus
très bien où était Pierrot ! Ce qui devait arriver arriva, un des hommes enfourcha le butiau où
j’étais caché ? J’ai crié bien sûr, la fourche m’avait traversé le bras en deux endroits, effleuré
le torse sans gravité. Maman affolée, naturellement me gronda, Mr Guéranger lui dit, je ne
pense pas que ce soit grave mais je vais l’emmener chez le docteur ! Il attela Coquette et
nous voilà à Alençon. Le docteur examina mon bras qui n’avait pas enflé, il me fit une piqûre
anti-tétanique et rassura Maman. Quelle émotion ! N’est ce pas. ?
Le foin était ramassé en vrac et entassé dans les greniers au dessus de l’étable et des
écuries ; c’était la principale nourriture des animaux au cours de l’hiver.
Pour faucher les grains, la faux portait un arc de bois fixé sur le manche pour recevoir
et accompagner les tiges à mesure de la coupe, jusqu’à l’andain. De l’andain ils façonnaient
des bottes, qui étaient ensuite mises debout en attendant le ramassage.
Les gerbes étaient stockées en barges à la ferme, puis venait la
batteuse
, grand
moment de travail, mais de fête également pour la ferme et tout le personnel.