Mémoire de Condé sur Sarthe - page 119

- 118 -
La mare une fois vide, les trois hommes commencèrent l’extraction des blocs du
fond, la pierre étant encore plus belle. Naturellement la grue était indispensable, il fallait la
remettre en route en l’équipant électriquement, ils ne pouvaient faire autrement. Les
commandes se multipliaient. Ils s’équipèrent d’un compresseur, ainsi le forage et le débit
des blocs devint plus rentable, et surtout ils eurent beaucoup moins de mal à travailler cette
pierre.
L’achat de la Carrière.
Le 30 septembre 1955, les trois artisans associés, Chazey, Pellegrini, Bertolini
achetèrent la carrière et comme les clients devenaient plus nombreux, ils embauchèrent le
premier compagnon, malgré des soucis de trésorerie.
Ils produisaient surtout des bordures de trottoirs, des pavés des boutisses pour les
caniveaux, mais ce qui leur était de plus en plus demandé, c’étaient les moellons taillés.
Les maçons appréciaient et employaient de plus en plus ces belles pierres pour
effectuer les soubassements de pavillons, les murets de clôtures, les piles de portails, les
pierres d’angle de maison, les linteaux, les entourages de portes, les marches, les appuis de
fenêtre, toutes pierres nécessaires à la construction.
On peut voir dans de nombreux endroits de la ville et des communes périphériques et
jusqu’à 30 kms à la ronde, ces pavillons, ces écoles, squares, maisons, bâtiments divers,
aux façades réalisées dans cette pierre de granit de Beauséjour.
La Taille de la pierre.
Mr Bertolini maître tailleur de pierre,
presque sculpteur
, au début de son entrée dans
l’association, façonna quelques monuments de cimetières, entourage de tombes, stelles,
pierres tombales sur socle et «
jardinières
». Un travail demandant une très grande
maîtrise. Ce n’était pas rien que de ciseler ces joyaux ! Il fallait également défoncer ces
jardinières, et le granit était très dur. Et le bouchardage ! Un travail très délicat également.
C’était un plaisir de regarder ces hommes travailler, Mr Bertolini, Mr Chazey, possédaient
une adresse, une maîtrise de leurs gestes admirables !
Mon père, en premier s’occupait surtout de l’outillage, indispensable pour travailler
cette pierre. Il forgeait tous les outils, passant des heures devant la forge et l’enclume, à
façonner, marteler, tremper, les ciseaux, les pointrolles, les têtus, les marteaux, réparer les
chaînes indispensables pour extraire les blocs au moyen de la grue. Il était également
chargé de surveiller la bonne marche du compresseur, qu’il fallait alimenter en gasoil,
vérifier l’huile, réparer des tuyaux indispensables, pour amener l’air comprimé aux
pistolets aux marteaux burineurs,et pour éviter les fuites, il ne devait pas manquer de
remplacer tout joint défectueux.
La grue, leur était indispensable pour monter les blocs. Papa, l’entretien terminé,
débitait ces blocs en planches, prêtes à être taillées. Il connaissait le fil de la pierre pour la
fente des morceaux, il traçait des lignes au ciseau et effectuait à l’aide du pistolet, des trous
espacés de 15 cm, dans lesquels il introduisait des clous spéciaux. Plus le morceau était
long, plus les trous ou
potées
étaient nombreuses, ensuite les clous légèrement enfoncés, il
frappait à la masse par coups réguliers sur l’ensemble de ces clous et le bloc s’éclatait.
Une première embauche
En 1956, Papa fit venir son frère Dominique, il était tailleur de pierre dans la Creuse,
la famille pour mon père, c’était très important. Mon Oncle avait les pieds bots, il ne
pouvait travailler à l’extraction, par contre à la taille il était très avantageux.
Il était marié et avait quatre enfants, ils habitèrent au départ à Alençon Bd Lenoir
Dufresne, dans une maison prêtée par Mr Montévéchio entrepreneur de maçonnerie.
D’ailleurs il travailla dans un premier temps, pour ce maçon qui avait acheté un stock de
pierres de granit provenant de la démolition de la caserne Bonet, située à l’emplacement de
la cité administrative.
1...,109,110,111,112,113,114,115,116,117,118 120,121,122,123,124,125,126,127,128,129,...180
Powered by FlippingBook