Mémoire de Condé sur Sarthe - page 113

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Quand André, avait besoin d’un coup de main, il faisait appel à Lucien,
connaissant l’habileté de l’homme. Au grand désespoir de Mme Gousset qui ne le
voyait pas de la même façon.
Quand ils partaient tous les deux, la montre pouvait tourner. Eux n’étaient
jamais pressés. Deux sacrés partenaires ! Il faut dire que la vie était tout autre, les
gens étaient beaucoup plus près les uns des autres qu’à l’heure actuelle. La misère
aussi était présente, beaucoup de gens ne mangeaient pas à leur faim.
L’évolution de la Maréchalerie
Il y avait aussi les tours de force, le lever de l’enclume ! Certains garçons de
ferme se disaient forts et pariaient la tournée. Mr Gousset était aussi très farceur.
Sourire aux lèvres, il les regardait faire, l’enclume ne bougeait guère, alors mon gars,
on t’attend ! Malgré toute la force que le garçon développait, l’enclume restait en
place. Et Mr Gousset se faisait un malin plaisir d’attraper cette masse de 150 kilos et
de faire le tour du billot, sans paraître souffrir.
«
Mon garçon, il faudra manger des épinards
» disait-il, en attendant,
tu
nous dois
une tournée
. Mr Gousset parlait doucement, je l’entends encore
s’exprimer.
Raymond Cornu, habitant le Pont-Percé, m’a raconté qu’il passait beaucoup de
temps à la forge et qu’il avait travaillé avec Mr Gousset. La perceuse ou chignole
électrique n’existait pas après la guerre. Pour percer le fer, c’était la perceuse
manuelle qu’on lançait à la main avec son grand volant au dessus de la tête. Lorsque
la machine était lancée, on continuait avec les pieds, appuyant sur la pédale, pour
maintenir la cadence de la perceuse. Raymond aimait faire tourner cette perceuse, il a
toute sa vie bricolé, travaillé.
Bien souvent, les trous se faisaient à chaud, le fer rouge maintenu par des
grosses pinces, posé sur l’enclume, le poinçon entrait en action. Que de fois j’ai dû
donner la main à Papa. Lui c’était surtout pour agrandir l’œil des marteaux à tailler la
pierre. Tout un art, car bien souvent ces marteaux étaient pré-percés, mais le trou pour
emmancher était trop petit. Or, les manches trop faibles ne résistaient pas, il fallait
donc agrandir le trou.
Mr Gousset, peu à peu subissait le déclin du cheval. Avec l’arrivée des
tracteurs, les paysans s’équipaient. Mais on avait malgré tout toujours besoin du
maréchal. Lui connaissait tout, dépannait toujours son client, avec jovialité et bonne
humeur. Même en mécanique cet homme, se débrouillait. Peu à peu, c’est dans la
serrurerie que ces ouvriers s’étaient recyclés, ils fabriquaient des balcons, des
portillons d’entrée et des rampes d’escaliers.
Avec la soudure à l’arc, qui se pratiquait de plus en plus, la préfabrication des
barreaux de balcons, les motifs, les volutes, la construction individuelle qui démarrait,
l’homme courageux non seulement arrivait à vivre, mais gagnait aussi quelques
bonnes pièces.
André Gousset était conseiller municipal. Au début de l’installation du service
d’eau, la commune gérait le fonctionnement et la bonne marche des installations.
C’est lui qui fut nommé pour assurer la surveillance de la station de pompage. Le
voilà plombier par moment, pour dépanner bien sûr, remplacer un joint, resserrer un
écrou, bref, le maréchal-ferrant n’a plus que le nom, mais il faut vivre.
André Gousset, en avril 1959, va s’en aller subitement : le cœur s’est arrêté,
plongeant tous ses proches dans la peine. Un homme comme lui, si fort, plein de vie à
59 ans, mais c’est ainsi, on ne peut que subir le destin qui, quelque part, est tracé.
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