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La Grande carrière de Beauséjour.
Située rue de Beauséjour, Impasse de la carrière, l’origine de cette carrière, remonte
certainement très loin. L’entête de l’acte de vente de la forge par Mr Pastoureau, à Mr
Ribault Marcel en 1941, nous en donne un aperçu. Anciennes exploitations : C Bouilly, L
Hommey, Victor Delamare, Bourdas et Drouère, puis Lucien Pastoureau et Henry Fleury et
pour terminer Mr Lucien Pastoureau. (
Acte généreusement prêté par Mr Raymond
Cornu, comme bien d’autres documents).
Cette carrière était également accessible, par le
chemin d’accès à la ferme de Mr Belloche, rue du Temps Perdu, par l’impasse de la
carrière aujourd’hui fermée, propriété privée, et par la rue du Temps Perdu, devant le dépôt
de bois de Mr Bédouet, ancien terrain de la laiterie Hutin, disparue dans l’incendie de 1992.
Après la guerre, en 1918-1919, Mr Pastoureau dont les bureaux se situaient 85 bis rue
de Bretagne à Alençon, reprit seul l’exploitation de ces carrières. La carrière de la Tour et
cette carrière de Beauséjour, étaient exploitées en même temps. Je ne reviendrai pas sur le
nom des nombreux compagnons qui travaillèrent sur ces deux sites. Je les ai déjà cités en
parlant de la carrière de la Tour, ainsi que des chantiers où se taillait la pierre.
Les compagnons travaillaient à la tâche, suivant un barème bien défini, dont je
possède un exemplaire datant de 1926. Chaque morceau de pierre de taille était rémunéré
suivant la grandeur et la difficulté d’exécution. D’autres compagnons manœuvres, chargés
de l’extraction, du transport, de la manutention étaient payés à la journée. La main d’œuvre
en ces temps là était nécessaire, beaucoup de gens n’avaient pas de métier, les fermes par
exemple avaient besoin d’hommes pour les grands travaux de l’été. Un ouvrier manœuvre
pouvait aussi bien travailler à la carrière que dans les fermes, les machines n’existaient pas,
et les bras des travailleurs étaient les bienvenus.
Mr Pastoureau, spécialisé dans les monuments funéraires, les pierres de taille pour la
construction des édifices divers, les bordures et pavés de rue, les calvaires, il avait besoin
de fins tailleurs de pierres pour réaliser certains travaux. Prenons pour exemple les
colonnes du Palais de Justice, on constate que ces hommes travaillaient au millimètre. Les
corniches en moulures se faisaient au gabarit, le contremaître veillait à l’exactitude du
morceau. Lorsque le patron avait la chance d’avoir à fournir la pierre pour la construction
d’un édifice, exemple la Halle aux blés d’Alençon ou l’école Masson, bon nombre
d’ouvriers étaient nécessaires. Je me rappelle qu’un ouvrier tapait parfois pendant une
semaine et quelquefois un mois sur un même élément ou monument. Voilà pourquoi les
tailleurs de pierres étaient si nombreux sur la commune : on verra toutes les réalisations
dans Condé-sur-Sarthe.
Avant 1900, les machines à vapeur actionnaient les pompes à eau, dans les carrières il
y avait toujours de l’eau qu’il fallait évacuer.
A Beauséjour en 1938-1939, à l’usine, mon père faisait la forge, pour tous les
compagnons. Avec maman, nous allions parfois le voir travailler. Je me rappelle avoir vu
deux gros moteurs avec d’énormes volants, l’un fabriquait de l’électricité, et l’autre de l’air
comprimé. Mr Armand Préaux, chauffeur mécanicien, (
photo au volant du camion en
1920
) et Mr Lucien Albert s’occupaient de l’entretien. Un coup de sifflet sortant de ces
machines annonçait l’embauche et la fin du travail : j’entends encore ce bruit lugubre !
C’était très impressionnant de voir tourner ces grands volants et dangereux également.
D’ailleurs Mr Préaux en 1930, perdit une main dans cet enfer. Ils devaient toujours êtres
deux auprès de ces moteurs et ce jour là, de très bonne heure le matin, Mr Préaux était seul,
que s’est t’il passé ! C’est Mme Lapasse une proche voisine, qui sur ses appels vint lui
porter secours.