Mémoire de Condé sur Sarthe - page 120

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Les constructions
La Ville d’Alençon, voulant donner un certain cachet à l’entrée Ouest de la Ville,
(
rue de Bretagne
), avait confié à ce maçon, la construction de deux importants bâtiments,
dont les façades devaient êtres réalisées en granit. Avec Jean Potier mon oncle Dominique,
reprit une à une toutes ces pierres, taillant, bouchardant, afin de leurs redonner un bel
aspect.
On peut admirer ces deux édifices en empruntant le début de cette rue de Bretagne,
dont le carrefour vient d’être aménagé d’un rond point, décoré d’une boule de granit
superbe tournant sur elle même sous la poussée de l’eau.
Plus tard en 1960, à Saint-Germain-du-Corbéis mon oncle deviendra propriétaire d’un
pavillon, que Mr Montévéchio lui construira.
Deux autres naissances viendront grossir ce foyer portant à huit les membres de cette
famille. Mon oncle, malgré son handicap, habillera toutes les façades de sa maison de
pierres de granit, transportées deux par deux,
dans les sacoches de sa moto
. Il les mettra
lui même en place par corvées le Week-end ! Quel courage cet homme.
En 1958, c’est le tour du cousin Frédéric Pellegrini, de venir travailler en Normandie,
avec son beau fils Jean Pierre (
tous deux tailleurs de pierres chevronnés
), venant de la
Creuse eux aussi.
Frédéric était veuf, papa de deux enfants, un garçon Jean Claude et une petite fille
Lydie. Sa femme cousine Yvonne, était veuve également.
Ils s’étaient rencontrés à Sardent en Creuse, où ils travaillaient tous les deux.
Frédéric, était un compagnon doté d’un courage exceptionnel, très adroit, très avantageux,
n’ayant point d’heure pour commencer la journée.
Son travail (
comme celui de Dominique son cousin
), consistait à tailler les bordures,
les pavés, les pierres de parement, pour les maçons. En général il descendait au chantier à
la pointe du jour, il possédait une force d’hercule, il fallait le voir frapper cette pierre, la
casquette de travers, le visage plein de sueur, quel homme !.
Son beau fils Jean Pierre était plus calme mais plus fin compagnon. Réaliser un
monument complet ne l’effrayait point, il travaillait toujours sur le même rythme, avec des
gestes précis, un bon tailleur de pierres connaissant bien le métier.
D’autres compagnons furent embauchés dans les années 60, Mr Godemer, Mr
Mauclair, Mr Colombier habitant St Germain, tous ces hommes travaillèrent pour la
construction des maisons, les aménagements des rues, la rénovation et la construction des
écoles comme le groupe Emile Dupont.
Mon père se dépensait sans compter, je vous assure qu’il ne chômait pas. Combien de
fois lui ai-je enlevé des escarbilles (petits morceaux de charbon de forge) dans les yeux. Et
même des petits éclats de granit. J’intervenais avec une allumette aiguisée et mouillée, ou
une feuille de papier à cigarette roulée.
Dans les années 1960-1970, il faut dire que la construction en général marchait très
bien. Pourtant ces trois artisans ne gagnaient pas plus que les compagnons qu’ils
employaient, si ce n’est moins. Le peu de bénéfice qu’ils pouvaient espérer réaliser, partait
en paiement des charges et surtout dans les impayés des maçons déclarés en faillite.
La maladie.
Ainsi tous ces hommes s’ils le pouvaient, travaillèrent jusqu’à la retraite à ce
moment là (65 ans). Malheureusement la silicose les guettait tous, eux qui avaient respiré
depuis trop longtemps cette poussière de granit. Dans ces années d’après guerre, la sécurité
et surtout la protection des hommes n’existaient guère, ils travaillaient sans masque,
environnés de poussière à longueur de journées.
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