Mémoire de Condé sur Sarthe - page 138

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La Boissière
La Boissière ést un des hameaux de la commune, qui a toujours eu une activité
artisanale importante et variée.
Remontons au début du XXème siècle. Il y avait deux boulangeries. Je n’ai connu que Mr
Huard (
le père Huard
) dont tout le monde parlait en bien, qui est venu en aide à bien des
familles nécessiteuses, surtout pendant la guerre. Cet homme fort en gueule disait-on, mais très
bon, prenait bien des risques sous l’Occupation. La farine, en ces temps de restrictions, était
une denrée rare, les hommes valides apportaient de nuit ce précieux produit. Tous les clients de
Mr Huard mangeaient du pain blanc le dimanche. Là Mr Huard prenait des risques !
Deux cafés, dont une épicerie, et l’autre restaurant, par contre il n’y avait pas de bureau
de tabac. Il fallut attendre 1971, je crois, pour en avoir un.
-Le
Café Epicerie
«
Tirot
» avec sa pompe à essence «
B P
», je vois encore sa terrasse
avec ses tables ses chaises et son store de protection. Ses grandes jardinières en ciment, imitant
le bois (que l’on ne sait plus faire aujourd’hui), toujours garnies de fleurs. Son escalier de
granit sur la gauche, que Mme Tirot empruntait dix fois par jour pour descendre à la cave. Elle
eut bien du mérite. Seule, (son mari Charles, était prisonnier en Allemagne) elle dut faire face
pour survivre. Toujours agréable, un peu triste par moments de cafard, elle n’avait pas
d’enfant, le fils est arrivé avec le retour de captivité du mari. Le ravitaillement était difficile,
les tickets de rationnement pour tous les produits étaient un casse-tête, pour les commerçants.
-Le
Café Restaurant
«
La Belle Etoile
», les Routiers, tenu par Mme Baron, elle aussi
seule avec trois enfants. Son mari Georges était lui aussi prisonnier mais Mme Baron
(
Solange
) était une femme très active. Avec Mme Morin, elles s’entendaient à merveille et elle
faisaient face. La pompe à essence «
Shell
» trônait sur le trottoir avec sa piste. Devant la
maison, la terrasse protégée par quatre grandes jardinières, de chaque côté, des descentes vers
les communs ou jardins. Séparée de Mr Baron, Solange refera sa vie avec Mr Dubois, elle aura
le plaisir d’avoir le tabac, ce qu’elle attendait depuis fort longtemps.
-La
scierie Adolphe
Delorme
, très importante, avec son chantier plein de grumes où
j’allais chercher des planchettes que Mr Delorme voulait bien me donner. « Que vas-tu en
faire » ? me demandait-il. Je voulais me fabriquer un camion. « Bien, tu viendras me montrer
ton œuvre ». Tout heureux, je repartais avec mes planchettes et n’hésitais point à revenir lui
présenter l’objet que j’avais bricolé. J’aimais l’odeur de sapin qui régnait dans la scierie, la
sciure sentait bon la sève de pin. Lorsque nous voyions arriver ces énormes troncs d’arbres se
balançant sous les diables, tirés par des chevaux de Mr Egaze, c’était un spectacle pour nous
les curieux. Plusieurs personnes travaillaient à la fabrication de caisses d’emballages, que cela
me faisait envie ces belles caissettes toutes neuves !
Mr
Hubert
succéda à Mr Delorme et poursuivit la même activité, le sciage des grumes
et la fabrication des caisses. Puis il se mit à faire des palettes, les élévateurs commençaient à
faire leur apparition. Ce nouveau débouché alimentait la demande.
Mr
Galégot
continua lui aussi la scierie, mais déjà la mécanisation obligeait ces petites
exploitations à se moderniser. Le matériel n’était plus rentable, il aurait fallu complètement
rénover la scierie, un investissement considérable que Mr Galégot ne pouvait financer. Le
terrain resta longtemps inculte, puis fut vendu et devint lotissement. Six maisons virent le jour :
la rue des Elliots était créée.
La
menuiserie
de
Mr Royer
, le grand père de Nicole Bruneau, (une amie), une figure de
la commune Ernest Royer était conseiller municipal, adjoint de Mr Fould, maire. J’avais plaisir
à le regarder travailler sur ses machines. La raboteuse et la scie circulaire, m’impressionnaient
beaucoup. Il fabriquait des fenêtres des portes. Lors de la rénovation de la maison de mes
parents je lui avais commandé une façade de quatre portes de placard sous évier et tablettes
comme cela se faisait dans ces années 1950.
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