Mémoire de Condé sur Sarthe - page 150

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Allocution de Mr Monsieur l’abbé Hayot curé de Condé sur Sarthe
Le 25 Septembre 1927.
L’enthousiasme avec lequel la population de Condé s’est préparée à recevoir l’évêque du
diocèse prouve combien cette paroisse est attachée à la foi.
Ces arcs de triomphe, ces décorations multiples sont bien l’expression très sensible des
sentiments d’affection vraie et de vénération profonde de tous nos bons et sincères catholiques
pour la personne de Votre Grandeur.
Nous avons compris, Monseigneur, l’honneur que le premier Pasteur du diocèse fait à
notre paroisse, présidant lui même cette fête qui nous est très particulière.
En effet, la circonstance si exceptionnelle qui nous a valu votre présence est encore, elle
aussi, tout à l’honneur, je dirai à la gloire de Condé.
Compter parmi ses curés un Bienheureux martyr est un privilège de grâce bien
extraordinaire. Avoir une page d’histoire écrite avec le sang d’un héros et d’un saint, voilà ce
qui achève grandement d’illustrer les annales de cette paroisse déjà riche en souvenirs
Pour présenter à votre Grandeur la paroisse de Condé, en ferais-je l’historique ?. Il n’est
point de si petit pays qui n’ait son histoire. Sans remonter au Déluge qui creusa ses vallons
plantureux et mit à découvert ses blocs de granit où se cache le diamant d’Alençon, des
souvenirs moyenageux nous font connaître ses fameux Seigneurs de Hertré.
Robert Quarrel, grand Sénéchal, défendit contre le fils du conquérant Guillaume, Robert
de Courteheuse, la forteresse de St Cénery 1087. Il dut capituler faute de vivres. Le vainqueur
lui creva les yeux. Ce n’était pas le temps où les hommes s’aimaient ! Cependant un moine de
St Martin de Sées le guérit de ses blessures. En récompense, Quarrel donna à cette abbaye tout
ce qu’il possédait à Condé ; ce qui explique pourquoi l’Abbé de St Martin toucha la moitié des
grosses dîmes sur cette paroisse et en fut le présentateur. C’était la lutte pour l’indépendance de
la terre normande contre l’Anglais.
Cependant quelques années plus tard, en 1113 ici même à Hertré, Henry 1
er
, roi
d’Angleterre et duc de Normandie, donne sa fille Mathilde en mariage à Geoffroy, fils de
Foulques duc d’Anjou, ce qui ne les empêche pas cinq ans après, de se livrer bataille cruelle
sous les murs témoins de leur alliance. (1)
Si Henry IV voit s’ouvrir devant lui les portes de sa bonne ville d’Alençon, c’est grâce au
valeureux René de St Denis, Seigneur de Hertré, qui après avoir soumis Essai, Séez et
Mayenne, investit Alençon et brise la résistance de son puissant Château. Pour l’en
récompenser, Henry IV érige en harmonie le fief de Hertré (2). L’histoire religieuse nous
intéresse davantage. Sur ce terrain des idées, nous rencontrons également, hélas, c’est chose
trop humaine ! des victoires et des défaites. L’ignorance et l’inconséquence des hommes, leur
entêtement louable ou regrettable pour ce qu’ils croient être la vérité en sont la cause ; mieux
vaudrait se taire que de fausser l’histoire.
Le dirais-je ? Si Quarrel est l’ami des moines, au point d’en faire ses héritiers, il est
certain que Hertré avait des complaisances pour la foi qu’abjure opportunément Henry IV, et
l’on sait qu’Etienne Lecourt, curé de Condé, déposé (
propter hoeresim
), rendit brûlant
témoignage de ses idées sous les yeux de Georges d’Amboise, archevêque de Rouen, en 1533.
Ceci nous montre qu’au protestantisme nous avons échappé belle !
La foi catholique l’emporte ! Pendant deux siècles de tranquillité, les pasteurs font paître
leur troupeau.
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