Mémoire de Condé sur Sarthe - page 151

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Une figure, au grand siècle, émerge, celle de Messire Guillaume Richer, docteur de
Sorbonne, écuyer du Roy, doyen d’Alençon, curé de Condé pendant quarante cinq ans, de 1657
à 1702.
Nous possédons ses registres fort intéressants. C’est lui qui préside les obsèques de
Fouquet, archevêque de Narbonne, inhumé à Alençon dans le cœur de l’Ave Maria (4).
Son souvenir est marqué ici par l’ouverture d’une belle fenêtre, la grange dîmeresse qu’il
fit construire, et la croix du petit cimetière qu’il fit ériger. Il préserva son peuple des idées de
Jansénius ; car les registres de son temps portent le pain de la communion des premiers
dimanches du mois et des fêtes solennelles de l’année. Les événements terribles de la
révolution manifesteront encore plus les dispositions des esprits à l’égard de la vérité.
Nul mieux que notre Bienheureux curé ne les traduira par son attitude, en face du
mouvement social et religieux.
Fort de ses convictions sur l’opportunité des réformes de l’Assemblée nationale en matière
civile, il n’entend pas être taxé d’incivisme, et il proteste énergiquement contre les «
assertions
mensongères
» de Coulombet, curé de St Denis, qui essaie de mêler son nom à une prétendue
résistance du clergé : «
J
’ai donné, écrit Mr Loublier, l’adhésion la plus authentique aux
décrets de l’Assemblée. Je l’ai souvent recommandée à mes paroissiens et je me suis uni
avec eux pour sceller cette adhésion par un lien sacré et religieux qui ne fera désormais de
tous les Français qu’une seule famille, ce que j’ai signé »
(1)
Il existe dans la plaine le champ dit ; de la bataille (2 Voir Odolant Desnos II
page 492 et précédentes (3) Le deuxième du nom. (4) Registre des actes religieux « Condé »
Mais, autant il est ferme dans sa foi civique, autant et plus il le sera dans sa foi religieuse.
Le jour même où paraît le décret requérant le serment schismatique, (1) Mr Loublier donne sa
démission et inscrit sur le registre des délibérations municipales, les raisons canoniques qui
imposent à sa conscience sacerdotale le refus le plus catégorique
Quand je relis cette œuvre magistrale il m’apparaît que Bossuet réfutant le Protestantisme
n’a pas de documentation scripturaire ou historique plus accablante pour l’adversaire que celle
présentée par Mr Loublier pour écraser le monstre gallican ceint pour cette fois, non d’une
couronne de prince, mais d’un bonnet phrygien.
Mr Loublier était un homme dans toute la force du terme. Comme il avait abandonné ses
biens et ses privilèges par amour du peuple, il donna son sang, sa vie par amour de la Sainte
Eglise (2). Son vicaire, l’abbé Fouet d’Alençon, habilement soustrait aux poursuites
révolutionnaires, lui succède. Il relève les ruines matérielles. Les dépendances de la cure ont
été vendues ; plus de vases sacrés, plus d’ornements, pas même une croix ni un chandelier pour
l’autel. La commune ne dispose pas un sou ; le curé marchera à ses frais personnels.
Mais à Condé comme partout ailleurs, la Religion refleurit sur les ruines du passé
fécondées par le sang du martyr. Après la tourmente surgit une génération de dignes pasteurs et
de fidèles pratiquants. C’est avec le plus grand respect que les gens de Condé parlent de leurs
anciens curés, MM Raux, Leconte, Hardy, Desaunay, et dans ces dernières années le vénérable
abbé Poullain qui, pendant un demi siècle, instruisit sa paroisse par tous les moyens :
cathéchismes, prônes, bulletin paroissial. Amateur de musique, il dota son église de ces orgues
qui donnent aux offices de Condé une allure grandiose que peuvent jalouser les églises de ville
(1) Registre des délibérations municipales. (2) Registre des délibérations municipales ;
page 64 refus de lire la lettre pastorale de Le Fessier .
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