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Deux Figures de Condé
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sur
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Sarthe
Le légionnaire Tintin et sa concubine Titine
Le « Marquis » de Beauséjour
Dans les années cinquante, ces deux êtres vivaient dans une ancienne forge presque
découverte, en face de la laiterie de Monsieur Mallet devenue Hutin puis aujourd’hui disparue.
(Incendie du 17 mars 1992), de nos jours dépôt de bois de Mr Bédouet.
Tintin, ancien légionnaire la cinquantaine toujours mal rasé, parfois la barbe longue et
sale, buvant plus que de raison, souvent ivre, dormant ou il se trouvait, pour cuver le trop plein.
Comme travail, quand il en avait envie, il habillait des bombonnes avec de l'osier. Un travail
délicat où il excellait. Il fabriquait également des balais de bouleau, des balais de bruyère à la
saison ; bref : de petits travaux manuels, qui ne lui rapportaient guère. Parfois, Titine qui
l’accompagnait toujours, poussait un landau. Celui-ci lui servait souvent de moyen de transport
lorsqu’elle était saoule et, là, c était Tintin qui la ramenait au bercail recroquevillée dans le
landau. Je me rappelle avoir vu souvent Tintin roulant sur les jantes d’un vélo sans pneus !
Quel spectacle ! Titine venait derrière, poussant le landau chargé de bottes d’osier, de bouleau,
de bruyère, suivant l’endroit de la cueillette. Le plus gros de leurs occupations, était de visiter
les poubelles des restaurants, ou cantines. Passer chez les commerçants, chiner quelque
nourriture. Ils faisaient peur mais n’étaient pas méchants. Il ne fallait pas intervenir si Tintin
donnait une « frottée » à Titine ; c’est elle qui vous répondait, en sottises le plus souvent.
« Çà ne te regarde pas, espèce de………file ton chemin, c’est mon homme et, s’il me
corrige, c’est mérité
. »
Titine, petite bonne femme sale et en guenilles, parlait toujours, même
quand elle était seule, faisant demandes et réponses, sortant le litron de vin rouge de sa musette
en bandoulière, et buvant à même le goulot. Tintin braillait « Hé, doucement s’il te plaît !
Passe-moi la bouteille ». C’était leur vie.
Un jour, il y eut le feu dans la masure. Nos deux compères durent trouver un autre logis.
Sur le haut de la carrière toute proche de cette ruine, il y avait une grue ! C’est là qu’ils
trouvèrent refuge, dans la cabine, les jours de pluie, et même pour y dormir. Les hivers étaient
durs dans ces années-là : le froid vous pénétrait jusqu’aux os. Il n’était pas rare de voir le
thermomètre descendre jusqu’à moins vingt-cinq ! Ils résistaient malgré tout. Leur moment
préféré, disait Tintin les fêtes de fin d’année : les gens mangent des huîtres. Ils ne savent pas
que les huîtres très souvent sont doubles ! Dans les poubelles, on jette et Tintin passe par-là, il
récupère et se régale. Titine ?
« Qu’elle se démerde, chacun pour soi ! »
Dans le café Lelièvre,
Titine a bien souvent dansé sur les tables (même parfois nue) pour un litre de vin! Le Café
Lelièvre était situé près du pont de Saint-Germain-du-Corbéis sur la commune de Condé-sur-
Sarthe, il était très fréquenté par les promeneurs, le dimanche
Dans le jardin, il y avait des tonnelles une guinguette (le Robinson) et, sur la Sarthe, des
barques pour effectuer des promenades en bateau. Les jeunes gens aimaient ce genre de
balades au fil de l’eau, parmi les nénuphars, le calme de la nature, le chant des oiseaux. Ils
pouvaient ainsi s’isoler pour bavarder, « roucouler ». C’était un endroit rêvé, où l’on pouvait se
détendre, et s’amuser. L’été entre le barrage du moulin et le pont c’était la baignade, les
plongeurs se lançaient depuis le pont. Où est ce temps-là ? Tintin est mort un hiver dans une
voiture, rue de Guéramé, Sarthe, dans les années cinquante, certainement de froid. Titine a été
récupérée par l’hospice d’Alençon et Dieu sait si on dut la mettre à tremper pour lui enlever la
couche de crasse qu’elle portait ! Voilà l’histoire de ces deux êtres, qui ont marqué leur
passage, sur la commune de Condé-sur-Sarthe