- 148 -
Entièrement soumis aux décrets de l’assemblée nationale pour ce qui concernait les
affaires temporelles, Mr Loublier se montra intransigeant en face de l’obligation de prêter le
serment Constitutionnel. Il voyait, en effet, dans ce serment, une intrusion du pouvoir civil
dans le domaine spirituel.
Son refus catégorique de participer au schisme le fit désigner comme réfractaire.Il dit adieu
en pleurant à sa paroisse, s’isolant à Alençon. Plus tard il se rendit à Paris, où ses amis lui
promettaient plus de sécurité
Arrêté le 23 Août 1792 au collège de Boncourt, il fut jugé sommairement, par celui qui se
disait responsable des sans culottes.
Quel est ton nom ?
Je m’appelle Martin, François, Alexis Loublier.
Ton âge ? Cinquante neuf ans
Ta profession ? Prêtre catholique et curé de Condé-sur-Sarthe au diocèse de Sées.
As tu prêté le serment exigé par les décrets de l’assemblée Nationale ?
Non. Veux-tu le prêter maintenant ? Il est encore temps.
Je ne puis renoncer à la foi catholique.
Il fut alors incarcéré dans l’église de St Firmin dans le collège de ce nom.
Le 3 Septembre, à cinq heures et demie du matin, la bande d’égorgeurs fit irruption dans
le séminaire. Les sans culottes ayant fait sortir les martyrs dans la rue, le peuple ne voulut point
qu’on les immolât devant lui. Ils rentrèrent donc, Mr Loublier était du nombre.
« Pendant qu’une partie des égorgeurs discute et touche le prix du sang, d’autres
pénétrèrent dans la partie du séminaire affectée aux prêtres insermentés et envahissent la
salle où ces infortunés prenaient leur repas en commun ; ah ! ces messieurs dînent, dit en
entrant à un des assassins nommé Henriot, eh bien je vais leur servir le café ! et aussitôt il
saisit, avec l’aide de quelques-uns de ses compagnons, un malheureux prêtre et le jette par
une fenêtre dans la rue où des femmes armées de massues achèvent de le tuer. A ce signal la
bande se précipite sur les prisonniers muets et impassibles, en assomme plusieurs à coups de
bûches et entraîne les autres dans la cour »
(1).
Les corps des martyrs, dépouillés de leurs vêtements, furent entassés dans des charrettes
et jetés pêle-mêle dans une fosse commune.
La paroisse de Condé possède quelques autographes du martyr : registre des délibération
du conseil municipal 1790-1792, Comptes du trésor.
Le 3 Juillet 1927 Mortrée, sa paroisse natale, le fêta splendidement. La cérémonie fut
présidée par le chanoine Dubois, vicaire général de Sées, délégué de sa Grandeur. L’éclat en
fut rehaussé par les chants des petits et grands Séminaires ; le panégyrique fut prononcé par le
Chanoine Bisson, supérieur du petit Séminaire.
Des fêtes grandioses se sont déroulées en son honneur, le 25 Septembre 1927, à Condé
sur Sarthe, à la clôture d’un Te Déum solennel.
Sa grandeur Monseigneur Octave Pasquet, évêque de Sées, présidait, assisté de Mr le
Vicaire général Leconte, du clergé d’Alençon et des environs. Les habitants avaient
magnifiquement décoré leur bourgade. Une foule, qu’on peut estimer à près de 1500
personnes, débordait de l’église, où les cérémonies et les chants furent admirablement exécutés
par l’élément paroissial. Le panégyrique fut prononcé par Mr le Chanoine Leconte, supérieur
des missionnaires diocésains.