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La Galochère
Cette ancienne carrière de granit, longtemps exploitée depuis les années 1870 et jusqu’en
1914, réputée pour le quartz que l’on y trouvait, se situe près du hameau le Pont Percé.
D’ailleurs la carrière du Pont Percé et cette carrière ne faisaient qu’un, seulement séparée par la
rue des fusillés actuelle.
Dans les années 1960, la commune remblaya la partie gauche venant du Pont Percé avec
les immondices ménagers. Cette décharge fut abandonnée avec la création d’un service de
ramassage à l’échelon du district, fermée, recouverte de terre, ce terrain maintenant arboré est
entretenu par un propriétaire respectueux de l’environnement.
Ce lieu, au destin tragique, rappelle le triste souvenir, de dix neuf jeunes maquisards,
exécutés là comme des chiens. Mr Roger Beaufils raconte !
Suite au bombardement de la ville d’Alençon le 8 juin 1944, il régnait sur Condé en cette
matinée du 9 juin une animation extraordinaire. Les camions allemands pleins de soldats en
armes, casqués, bottés, postés à tous les carrefours, le doigt sur la gâchette, laissant passer un
défilé ininterrompu de voitures particulières transportant un nombre impressionnant de gradés,
d’officiers reconnaissables à leurs casquettes. Que se passe-t-il ?
Ils sont partout, au château de Vervaine, au moulin de Mr Bourgine, au château de
Vaucelles, au château de la Cusselière. Ils ont réquisitionné des chambres chez l’habitant au
bourg de Condé, et les camions qui déménagent, cantines, placards, dossiers, un nombre
toujours croissant d’hommes de troupe qui courent en tous sens.
Maintenant ce sont les tractions avant, très prisées par la milice à Pétain et les Allemands,
se dispersant vers le moulin, vers le château de Vaucelles, et les camions qui suivent, des
hommes en chapeau et complets sombres, on connaît ces rats de caves, «
la Gestapo
».
A la maison de la Randumière, au château de Vaucelles, la maison de Mr Bourgine est
réquisitionnée. Une horde de gradés se succède, des soldats allemands en armes, des camions
avec des sentinelles postées partout. Il se passe quelque chose. Mais quoi ? Dans les jours qui
suivirent on entendit des plaintes, des gémissements, et toujours cette succession de gradés. La
propriété de Mr Bourgine réquisitionnée, (
toute la famille à évacué à Lignières
) sera le
théâtre de bien des interrogatoires. Mr Thoret habitant Colombiers subira des tortures attaché
sur la grosse table de la maison, dont il se souviendra sa vie entière !
L’exécution
Le matin du 21 juin, j’étais entrain de faner dans le champ bordant le chemin derrière la
ferme, je vis passer des soldats allemands armés de pelles et pioches se dirigeant vers la
Galochère. Où vont-ils ?
Le lendemain 22 juin toujours à l’oeuvre dans le champ, je vois passer un groupe de
soldats en armes cette fois encadrant quatre civils, les mains attachées dans le dos, poussés,
maltraités. Ces pauvres diables aux visages tuméfiés, aux plaies ouvertes, moi je ne reste pas à
travailler dans le champ, je dételle le cheval rentre à la ferme, où les emmènent-ils ?
Au carrefour ils prennent à droite, vers le Pont Percé, avec mes parents on se doute du
destin de ces malheureux.
Naturellement, comme bien d’autres personnes, les soldats revenus, je me rendis sur les
lieux, une clairière avait été dégagée dans cette carrière où j’ai tant joué. Je vois encore les
arbres qui ont servi de potence à ces malheureux résistants : les cordes sont encore présentes.
Et cette masse de terre fraîchement remuée. Certaines personnes pleurent, de ces sanglots qui
vous arrachent, à la pensée de ces jeunes gens fusillés là pour avoir participé à la lutte pour
nous libérer, pour nous débarrasser de cette occupation.