Mémoire de Condé sur Sarthe - page 161

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La rue de la Source
En 1954, le conseil municipal décide le remembrement de la commune. Il s’agit du
remembrement des terres qui s’applique aux propriétés rurales non bâties.
La philosophie de ce projet est d’effectuer une nouvelle distribution de parcelles
morcelées et dispersées. Le remembrement doit tendre à constituer des exploitations rurales
d’un seul tenant, ou à grandes parcelles bien groupées. Il s’agit là d’une mini-révolution, les
uns pour, les autres contre, vont s’affronter pendant cinq ans que durera l’opération. Elle sera
gérée par une commission composée de représentants des pouvoirs publics, de la commune, et
de trois délégués des propriétaires à qui il faudra beaucoup de caractère et de patience, car
ceux-ci, toujours sur place, seront très sollicités pour recevoir doléances et récriminations.
D’innombrables réunions seront nécessaires pendant cette période qui va durer quatre
ans. Après bien des problèmes d’antécédents (des terres ayant appartenu à l’arrière grand-
père
seront appelées à changer de mains). Les délégués devront déployer des trésors de diplomatie
et aplanir querelles et contestations.
Ce remembrement apportera une refonte de 428 parcelles réduites à 144, opération
bénéfique pour tous les habitants de Condé, propriétaires ou non, la création de plusieurs
chemins communaux répondant bien mieux à la desserte des écarts, le goudronnage de tous ces
chemins qui favoriseront le développement de l’habitat.
Il en fut ainsi pour le chemin de la Bigottière qui deviendra la rue de la Source, après le
remembrement, l’installation du réseau d’eau potable, la dénomination des rues. Passant par le
Petit-Hertré, presque impraticable l’hiver, il sera reprofilé, ce qui nécessitera l’arrachage des
grandes souches et des haies. Ce qui transforma complètement cette nature, mais favorisa
l’accès à la ferme, surtout avec le goudronnage de toutes ces nouvelles routes. Adieu, nos
ombrages l’été !
Les tranchées
En 1943, sur ordre de Pétain, le Gouvernement incitait les gens à se protéger en creusant
des tranchées, éloignées des maisons. Papa, en avait creusé une dans la cour. J’avais neuf ans,
et pendant les journées chaudes de l’été, notre plaisir était de descendre dans cet abri tant il
était frais. Nous fabriquions des billes de terre glaise que nous mettions sécher au soleil. Mais
cet abri était placé trop près des maisons, il fallut en créer un autre.
Dans ces années de guerre, il régnait dans nos campagnes une solidarité peu commune et
les habitants d’un quartier s’entraidaient beaucoup plus qu’aujourd’hui. C’est ainsi que les trois
hommes du Petit-Hertré, Mr Lecerf, Mr Collet et Papa, décidèrent de faire une tranchée en
commun. Sur ce chemin menant à la Bigottière, un énorme tronc d’arbre long d’une douzaine
de mètres avait été abattu et en attendant son débit, il était resté là, distant d’une centaine de
mètres du hameau. Mr Lecerf, un homme d’un courage peu commun, commença par installer
des fagots, tout autour de ce tronc. Ils avaient décidé de créer deux entrées à cet abri, donnant
sur le champ de Mr Belloche, ils se mirent à creuser. A mesure que la terre était extraite, elle
était déposée sur les fagots. Voyez l’énorme monticule que cela représentait lors de la fin de ce
terrassement. Deux escaliers avaient été aménagés et protégés aux extrémités.
Cette tranchée longue d’une dizaine de mètres, était pour nous les enfants, un lieu favori
où nous jouions très souvent. Les hommes avaient installé des bancs tout le long de cet abri qui
pouvait contenir tous les habitants du hameau. (Quatre familles)
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