Mémoire de Condé sur Sarthe - page 35

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La Rue de la Charité
Dans les années 1940 et même bien avant, la rue de la Charité était un chemin de terre
appelé «
Chemin de la Charité
». Seuls les attelages, les tombereaux, les fourragères, les
engins de travaux des champs empruntaient ce chemin. Sur le sentier central circulaient les
chevaux de trait tirant des charrettes dans des ornières profondes. Il ne fallait pas y tomber,
surtout les jours de pluie car elles étaient pleines d’eau. Faire de la bicyclette sur ce sentier
était une acrobatie périlleuse. Il faut dire que les personnes qui possédaient une bicyclette,
n’étaient pas nombreuses. C’étaient donc les piétons que l’on rencontrait le plus souvent,
ouvriers se rendant aux champs, journaliers se dirigeant sur Damigny ou tout simplement les
gens travaillant aux carrières habitant la Boissière ou les environs. Ce chemin se prolongeait
de l’autre côté de la route nationale 12 rejoignant Damigny et traversait la plaine en laissant à
droite le hameau du Moulin à Vent.
Voici la description de ce chemin en partant de la Pépinière : Côté gauche
s’étendaient les «
champs rouges
» propriété de Mr Belloche, coupés au milieu par un
chemin transversal, actuellement rue Baudelaire, qui, rejoint le chemin de la Boissière, en
passant derrière la butte, propriété actuelle de Mr et Mme Huet, desservant à droite comme à
gauche les champs exploités par Mrs Belloche, Ribot et Mr Béguin. Longeant le champ de
Mr Béguin dans un bosquet actuellement propriété de la commune, était installé dans les
années 1900, un Concasseur et une Sablière. Ce chemin à l’époque était très emprunté. Les
«
champs rouges
» étaient dénommés ainsi car la terre était de couleur rouge, difficile à
travailler. Il fallait choisir le moment propice pour l’exploiter. Ces
Champs rouges
étaient
couverts de pommiers à cidre.
Côté droit on trouvait les champs de la ferme Dessarthe, herbages et cultures où nous
allions glaner dans les années 1942-1943. Je me rappelle que la mère de Mme Dessarthe,
Mme Mangeant, nous voyant arriver dans ses champs appelait sa fille en criant :
« Noémie
prends le fouet, viens
donc me débarrasser de ces voleux là !»
Que de souvenirs ! Nous
trouvions un chemin transversal (rue des Artisans actuellement), les champs de cultures
diverses plantés d’arbres fruitiers, pruniers pêchers cerisiers, appartenant à Mr Garnier. Cette
famille était plutôt maraîchère que fermière vendant leurs produits aux commerçants de la
ville et des alentours. Puis un autre chemin, actuellement rue du Hertré, nous avions les
champs de Mr Lemaître, Mr Morice, Mr Lacroix à gauche puis Mme Dessarthe, les champs
de Mr Garnier et de Mrs Béguin pour arriver sur le verger superbe de Mr Bahier, donnant sur
la poudrière. Un petit champ magnifique planté de trois rangées de pommiers en plein
rapport, il fallait voir les tas de pommes dans ce verger au moment de la récolte. Dans ces
temps là il y avait des pommiers partout, le cidre était la boisson journalière de tout le monde.
Au fond, la parcelle sans arbres de Mr Belloche de Villeneuve, frère de Mr Belloche du
Temps-Perdu, servait à une grande culture de céréales. Reprenons le chemin de la Charité !
Nous arrivions à la nationale 12, en la traversant on accédait sur les champs «
Communs
»
cultivés par Mr Guéranger, habitant de la Bigottière. Cette parcelle aux sillons très longs était
si grande que, par exemple, lorsque nous binions les betteraves ou les arrachions, il ne fallait
pas regarder le bout de celle-ci car cela nous décourageait. Que de fois avons nous ramassé
les doryphores dans tous ces champs pendant l’occupation sur la demande des agriculteurs,
des producteurs de pommes de terre ! Chaque écolier était muni d’une boîte au couvercle
mobile et percé. Nous passions dans les rangs de pommes de terre et ramassions ces
indésirables insectes.
Ces bestioles étaient récupérées par le propriétaire des lieux dans une grande
lessiveuse. Ensuite il les détruisait par le feu.
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