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Le Catéchisme
Mme Perruchet, femme très pieuse, enseignait le catéchisme, il ne fallait pas rêvasser
car nous devions réciter. Elle avait deux grandes filles, d’un sérieux exemplaire : Marie,
comptable aux établissements Mallet, et sa sœur Hélène mariée et déjà partie de la maison.
Nous ne la voyions qu’aux vacances.
Sitôt que je le pouvais, le catéchisme appris, je me rendais avec un grand plaisir à la ferme
Guéranger. L’accès à la ferme se faisait par un petit chemin peu carrossable. Seuls les
tombereaux, les fourragères y passaient. De grandes ornières s’étaient creusées sur les côtés ;
elles étaient remplies de boue les jours de pluie. De grands arbres et des haies ombrageaient
le chemin. Un ruisseau, où j’ai ramassé tant de petits cailloux, le traversait. Un petit pont de
bois l’enjambait et nous arrivions à la Bigottière. C’etait un ancien manoir très rustique, je
revois encore la grande pièce d’entrée, la poutre énorme cintrée, la petite fenêtre donnant très
peu de clarté. Il faisait plutôt sombre dans cette grande pièce aux murs et plafond noircis par
la grande cheminée très large, ou pendait la crémaillère avec sa marmite en fonte. Le sol
composé de dalles de granit et de raccords de ciment était entretenu et lavé tous les jours par
Mme Adde, fille de Mr Guéranger. La longue table avec ses bancs de bois trônait au milieu
de la pièce, le lit des maîtres de maison se trouvait dans le fond à gauche, puis au milieu la
porte donnant sur la petite chambre où couchaient Jacqueline et Thérèse les deux filles de
Mme Adde. Sur la droite la porte de la tour où un escalier en spirale tout en granit donnait à
la grande chambre où couchait Roger, le fils Guéranger. Voyez c’était hier : Que de
souvenirs !
Mr et Mme Adde ne couchaient pas à la ferme, ils se rendaient à bicyclette tous les
soirs au bourg de Condé où ils possédaient une petite maison. La nuit en hiver pour effectuer
le trajet difficile, ils s’éclairaient d’une lampe à carbure et devaient marcher en faisant très
attention, tant le chemin était boueux.
Les Commerçants
Nous avions régulièrement la visite de commerçants qui venaient nous proposer leurs
services. Le Boucher,
Mr Boudet
ou son employé, passait prendre la commande qu’il nous
livrait le samedi. Toujours ponctuel. Mr Boudet avant la guerre faisait déjà ses livraisons
avec une camionnette.
Le Charbonnier,
Mr Martin
accompagné de sa maman. Je les vois encore assis sur
cette banquette, placée à l’avant d’un plateau tiré par un cheval, où étaient rangés les sacs de
charbon divers, Boulets, anthracite en morceaux, coke le moins cher pour les ouvriers, mais
très dur et destructeur de l’intérieur des foyers, poêles ou cuisinières.
Ils vendaient également du charbon de bois pour les petits réchauds, ces poêles ronds
remplaçaient la cuisinière. Beaucoup de ménages employaient ce petit appareil en fonte, qui
aujourd’hui sert de décoration. Ce qui m’impressionnait beaucoup, chez
Mr Martin
, c’était
ces dents recouvertes d’or. Il était toujours jovial, avenant, très proche des gens, c’est lui qui
portait les sacs. Le chauffage central, n’existait pas, très peu de gens possédaient une
cuisinière ; le seul moyen de se chauffer était la cheminée. La cuisine se faisait à la
crémaillère dans la marmite pendue au dessus du foyer, la viande se cuisait à la broche ou
dans la soupe. Lorsque
Mme Martin
abandonna les tournées, c’est
Mr Dugué
qui
accompagna
Mr Martin
. C’est lui qui prit également la charge et la livraison des sacs de
charbon.
Mr Dugué
était un homme fort, ne craignant point sa peine. Ce n’était pas toujours
facile de porter ces sacs. Parfois il fallait se baisser dans les couloirs bas et étroits, et faire
attention dans les escaliers de caves aux marches vermoulues et glissantes quand elles étaient
en pierre. De nos jours, très peu de personnes utilisent encore du charbon.