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L’école et les voisins
C’est à six ans, que nous rentrions à l’école. Il n’y avait pas de maternelle. Pour moi
c’était en 1940 avec comme maîtresse, Mme Thibault. Nous allions à l’école à pied, en
sabots de bois. Nous, de la Jardinière à l’école, nous avions 1 k à faire quatre fois par jour.
Certains enfants en avaient le double. L’hiver, dans le vent la pluie et le froid, ils arrivaient
transis à l’école. (Pas de CP ni CE1 ni CE2, trois divisions, 1ère année 3ème division, 2ème
année 2ème division, 3ème année 1ère division). Ensuite c’était la grande classe, la même
chose, trois divisions, si bien qu’à 12 ans, nous nous présentions au pré-certificat ou à
l’examen d’entrée en 6 ème. Dans la grande classe, l’instituteur était Mr Rioux, un très bon
maître, mais sévère. Il nous donna une très bonne instruction, ce qui me permit d’obtenir mon
pré-certificat à 12 ans, et le certificat d’études primaire à 14 ans. Il nous initia au jardinage et
aux travaux divers, tous ces travaux d’une grande utilité pour venir en aide à nos parents dont
la vie était difficile, dans ces temps de guerre.
Comme voisins immédiats, nous avions la famille «
Lecerf
», avec quatre enfants :
Odile, Michel, Pierre dont je suis le parrain et Jocelyne. Mr Lecerf était un homme
courageux, travailleur que j’admirais beaucoup, mais qui était assez dur avec ses enfants. Il
avait toujours un jardin exceptionnel. Employé des chemins de fer, il est décédé d’un
accident lors de la formation d’un train, écrasé par un wagon, alors que son frère commandait
la manœuvre! Mr Lecerf avait une telle habitude, qu’il décrochait les wagons le train en
marche. Ce soir là que s’est il passé? Son brodequin a dû se coincer dans un aiguillage, ne
pouvant se dégager, le train lui a passé dessus.
L’infirmière du hameau
Mme Lecerf, (
Mère Biche
) c’était son surnom pour nous, était l’infirmière du
hameau. Elle soignait les petits bobos, posait les ventouses et badigeonnait au colubleu ou au
vinaigre pour soigner maux de gorge ou angines. Mère Biche était une femme généreuse,
grande amie de ma mère. Elles se réconfortaient mutuellement pour surmonter les gros
chagrins qu’elles subirent. Mme Lecerf avait perdu quatre enfants : Tous sont morts avant un
an, on a jamais su pourquoi?
De notre côté un immense chagrin vint frapper la famille : Le décès de ma sœur
Gisèle âgée de dix ans, passée sous un car à la Boissière, tuée sur le coup..
Nous avions aussi comme voisins la famille «
Garnier
». Mme Garnier éleva seule ses deux
enfants, Madeleine et Michel. Avec Michel Lecerf nous formions un trio inséparable. Que de
bêtises n’avons-nous pas inventées tous les trois ! Mr Garnier avait pour dire, abandonné sa
famille, pendant la guerre. C’était je crois une obligation suite à différentes activités plus ou
moins douteuses. Mme Garnier eut beaucoup de mérite à élever ses enfants. Elle travaillait à
Condé, dans l’entreprise Mallet, laiterie bien connue exploitée pendant 80 ans sur la
commune..
En haut du chemin, c’était la famille «
Perruchet
». Mr Perruchet ancien boulanger
était très âgé. Il exploitait un petit lopin de terre attenant à sa maison, cultivant son jardin,
récoltant quelques grains et fourrages. Il élevait des lapins. Une chose m’impressionnait : Le
dessus de sa main portait une grosse croûte, un énorme galon ! Une griffure de patte de lapin
qui ne s’est jamais guérie, je crois qu’il est mort de la « La gangrène ».Que de fois je suis
resté à le contempler à l’entrée de sa grange quand il battait son grain avec son fiaut !
L’engin tournait au dessus de sa tête et s’abattait sur le sol, ensuite il enlevait la paille et
passait le grain dans le van. Ce qui séparait les impuretés, le grain était propre.